Par - publié le 03 octobre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h38 - 0 commentaire(s)
On ne compte plus les "films purgatoires" où des personnages de rien sont coincés entre le paradis et l’enfer et traversent des épreuves redoutables sans réellement les comprendre. Trois classiques du genre (L’échelle de Jacob, d’Adrian Lyne; Lost Highway, de David Lynch et Carnival of Souls, de Herk Harvey) et des tonnes de tentatives allant du meilleur (Nosferatu, de Werner Herzog où le réalisateur allemand situe son hommage sublimé au chef-d'oeuvre de Murnau dans un purgatoire et le rend de fait doublement intrigant) au pire (Le nombre 23, de Joel Schumacher). Désormais disponible en zone 2, l'excellent Norway of Life, de Jens Lien, appartient à cette mouvance cotonneuse et ouatée.


L’ECHELLE DE JACOB (Adrian Lyne, 91): ENTRE CIEL ET TERRE

Histoire: Jacob Singer, un employé des postes new-yorkaises, traumatisé par la guerre du Viêt-nam, qui se perd un soir dans un métro désert. Il rentre chez lui. Sa femme et son chien l’attendent. A priori, tout va pour le mieux. Dès le lendemain pourtant, il est assailli de visions terrifiantes d’hommes aux visages déformés et de souvenirs incessants de son premier mariage, de la mort de son fils et de la guerre, toujours présente, à jamais gravée en lui.

Choix du titre: A la base, L’échelle de Jacob est un mythe biblique qui symbolise la séparation de l’homme et du divin. C’est un titre qui résume parfaitement le parcours de Jacob, un homme désespéré qui grimpe une échelle (la "Gabalah") pourvue de quatre univers intermédiaires, constituant l’arbre de vie qui, de bas en haut, passe de l’action à la formation, de la création à l’émanation. Le scénario reprend cette structure.


Le pourquoi du purgatoire: Regarder ce film équivaut à monter des échelons qui amènent progressivement le spectateur vers une vérité masquée et effrayante. Le film fait appel à des artifices subtils, à des notions communes (les références à Dante), à l'intelligence du spectateur. Dans les premières scènes du métro, Jacob voit des affiches publicitaires qui sonnent tels des indices prophétiques : "Hell" et "Ecstasy" sur deux panneaux ; "Hell" comme l’enfer dans lequel il a mis les deux pieds, et "Ecstasy" comme les expériences au moment de la guerre.

Ambiguïté du héros mort et vivant: Présent à tous les plans, Jacob (Tim Robbins) est un personnage sensible sur lequel repose une ambiguïté constante (est-il fou, mort, parano, schizo?). Les questions se bousculent mais tout est fait pour que, dans l’instant qui suive, une séquence ou une phrase démente une impression fugace. Embrouillamini d'hypothèses qui permet le vertige. Le plus mensonger sont les flash-back, en particulier celui où Jacob se revoit dans son ancienne famille. Cela nous amène à penser que les visions du Viêt-nam sont anciennes. En réalité, il s’agit de flash forward.


Techniques et astuces: Visuellement, tout a été mis en place pour illustrer une réalité fuyante (jeu sur les couleurs – le rouge omniprésent, le bleu – mais aussi la lumière – les forces du mal dans l’obscurité; les anges en pleine lumière). La forme est en parfaite adéquation avec un fond qui entremêle réalité et onirisme, fantasmes et cauchemars. Par ailleurs, l’ambivalence des personnages, semblant cacher un mystère, est accentuée par un jeu sur les reflets des miroirs ou alors des personnages filmés de dos, comme s’ils nous cachaient quelque chose. A ce titre, Jezebel, la femme de Jacob (qui devait au départ être incarnée par Madonna) est une clé indispensable à la bonne compréhension du film. Son prénom résonne en analogie avec Jacob dont les connotations bibliques sont indéniables. On n’ose y croire et pourtant, c’est l’incarnation du mal. Désincarnée, le regard livide, n’éprouvant aucune compassion à l’égard de son mari, elle a pour mission de torpiller l’univers mental de Jacob qui ne se doute même pas qu’il est en face du diable lui-même (la fameuse réplique du "tu as vendu ton âme au diable", la scène fantasmagorique de la fête où Jezebel se fait violer par un mutant).


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