Par La Rédaction - publié le 05 septembre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h47 - 0 commentaire(s)
Dans la lignée du face à face proposé entre Jet Li et Jason Statham dans le récent Rogue, nos rédacteurs reviennent sur quelques grands affrontements de l’histoire du cinéma.



Charles Bronson vs Henry Fonda
Il était une fois dans l'Ouest, de Sergio Leone

L'homme à l'harmonica et sa mélodie lancinante ont marqué mon enfance car cette musique m'effrayait au delà de tout. Elle était funèbre, annonçait la mort inéluctable. En pensant au face à face d'Il était une fois dans l'Ouest c'est d'abord ça qui me revient, et plus généralement la B.O magnifique d'Ennio Morricone qui fait de la confrontation entre Charles Bronson et Henry Fonda un moment absolument incontournable dans l'histoire du cinéma.

Quand on parle de duels au cinéma, de confrontation, c'est avant tout à celui là que je pense. Les personnages ressemblent à des fantasmes, au delà des mots et de l'histoire qui est la leur, qui demeure secondaire. Ils sont avant tout des symboles inquiétants, énigmatiques, profonds. L'homme à l'harmonica, Charles Bronson, est-il un fantôme, un revenant venu venger tous les meurtres commis par Frank, le sinistre tueur à gage sans pitié et au regard bleu acier dur et sans âme, incarné magistralement par Fonda ? La composition de ce dernier reste l'un des contre-emplois les plus réussis et les plus glaçants jamais incarnés par un acteur. Il est véritablement terrifiant dans ce rôle, un véritable démon, un assassin de sang froid (y compris d'enfants) et un violeur, que l'on n’aurait jamais imaginé sous les traits du héros iconique des Raisins de la colère de John Ford. Charles Bronson dans ce rôle mystérieux, secret, spectrale et quasi muet est une ombre aussi bienveillante qu'inquiétante avec cette manière de jouer de l'harmonica quand il devrait parler.



Cette confrontation prend perpétuellement à contre-pied, et vous jette dans un suspense étrange, une tension qui vous enlève tous les repères du western classique. C'est le crépuscule absolu d'un genre, démystifié, désenchanté, un Ouest américain dominé par la mort et peuplé de gens à cent lieues d'être des figures héroïques. Tout est suggéré et vous plonge dans une ambiance irréelle, avec ces deux incarnations cauchemardesques qui s'affrontent (le tueur absolu contre le vengeur absolu). Même la beauté sublime de Claudia Cardinale est bafouée, souillée, en péril.

L'étrangeté et le suspense atteignent leur paroxysme avec le duel inoubliable de la fin du film. Une longue séquence à la tension extrême et la clé enfin, du mystérieux personnage incarné par Bronson.
Ces images vous marquent à vie : le regard de Fonda. Les deux visages tendus en très gros plan. Les deux silhouettes debout et immobiles qui se font face à chaque extrémité d'une rue déserte. La musique et l'harmonica qui montent en crescendo en même temps que l'attente du dénouement. Les deux forces du film s'affrontent, riches de tout ce qu'on a projeté sur ces deux personnages. Le moment s'éternise. La musique se tait. Le coup de feu. Une séquence impossible à oublier, impossible à surpasser, la quintessence du face à face, presque un moment où deux figures devenues mythologiques s'affrontent. L'un de mes plus grands souvenirs de cinéma et le plus beau face à face que j'aie jamais vu.


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