Rares sont les œuvres à générer un engouement aussi intense que les contes auprès du jeune public. Histoire limpide, univers féerique et merveilleux, protagonistes bien définis et morale tenant en une phrase, la simplicité de ces contes n’a d’égale que leur efficacité. Ainsi, les adaptations de ces œuvres, pour autant qu’elles soient faites avec amour et sérieux, rencontrent invariablement un succès monstre, comme les studios Disney peuvent en témoigner :
Pinocchio, Blanche neige et les sept nains, Cendrillon, La belle au bois dormant… Autant de chefs d’œuvres et de souvenirs émouvants peuplant l’inconscient collectif de nombreuses générations.
Débarqués fraîchement en 1994 dans le monde des grands studios, Dreamworks s’auréole rapidement de quelques succès publics tels que
Fourmiz ou
Le prince d’Egypte, et crée en 2000 un département consacré à l’animation d’où sortiront rapidement
La route d’El Dorado et
Chicken Run. Cependant, il manque encore au catalogue de Dreamworks un vrai film féerique, un conte capable de faire réellement entrer Dreamworks, justement, dans le monde du rêve. Mais que choisir ? Quel conte adapter ? Se basant sur son image de jeune outsider impertinent et sachant que tant le public que les critiques les attendent au tournant, le studio décide d’y aller franchement en montant une parodie hommage. Car quoi de plus attirant pour un public fan de remakes et de reprises musicales qu’un métrage dont le concept est simplement de reprendre tous les principaux éléments (et même une majorité de personnages connus) et de les soumettre au filtre du réalisme et du goût irrévérencieux ? Ainsi, à la fois remake et relecture des classiques aux goûts du jour de tous les contes connus
Shrek premier du nom était né.
L’histoire de ce premier opus prend ainsi un malin plaisir à utiliser les codes des contes de fées à tord et à travers, à en prendre le contre-pied quasi systématique et à inclure insolemment un nombre incalculable de références aux féeries de notre enfance. En premier lieu, le conte de fée bateau comprend souvent une demoiselle en détresse gardée par de nombreux et périlleux dangers (dont un dragon maléfique) qu’un grand, beau, fort et courageux prince chevalier en armure viendra affronter sans discuter pour sauver la belle sur son fier et fidèle destrier, et en faire sa dame.
En appliquant le concept défini ci-dessus,
Shrek nous balance donc un monarque nain, vil et hautain, renseigné par un miroir magique similaire à celui de la reine-sorcière de
Blanche neige (toutefois plus sympathique que ce dernier) et organisant un concours pour désigner celui qui ira sauver la donzelle à sa place, n’ayant ni la carrure ni le courage pour aller affronter le dragon qui la garde.