Par La Rédaction - publié le 28 novembre 2007 à 04h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h29 - 0 commentaire(s)
ROCKY BALBOA

Quoiqu'il puisse leur arriver, les héros sont éternels. James Bond sera toujours James Bond, Rocky restera toujours Rocky. Et parce qu'aujourd'hui il est ancré dans l'imaginaire collectif comme une icône cinématographique puissante, héros du « wannabe movie » le plus célèbre de l'histoire et symbole suprême du dicton « quand on veut, on peut », un film avec l'étalon italien ne sera jamais un navet. Même lorsqu'il est au fond du trou, malmené par un Mister T. implacable, ou par un Dolph Lundgren dopé aux hormones de cheval, Rocky aura toujours le spectateur derrière lui, hurlant sa haine pour son adversaire, se protégeant en même temps que lui d'un crochet du gauche fulgurant, et lui murmurant à l'oreille de soigner son jeu de jambes entre chaque son de cloche. Parce que le public aura toujours besoin de rêver, Rocky Balboa ne peut pas être considéré comme un mauvais film.



Un film décevant plutôt, et certainement le plus faible de la saga, plus proche de Rocky V, dans lequel notre héros descendait dans la rue pour affronter son poulain et sauver son fils, que de ses trois précédents opus (le premier reste encore aujourd'hui incomparable aux autres, incomparable même à aucun film du même genre).

À vrai dire, on n'attendait pas grand-chose de ce Rocky Balboa, au mieux une bonne surprise jusqu'à ce que l'avance de sa sortie en France nous laisse augurer du pire. Et le pire est arrivé. Dans le cinquième épisode déjà, on pouvait observer une tournure étrange dans la série : moins de combats, plus de paroles, un discours bien pensant sur ce qui est bien et mal… ce qui avait fait le succès des autres épisodes ne semblait plus plaire à un Stallone désirant prouver à tous qu'il était plus qu'une machine à foutre des gnons et qu'il est aussi comédien, ce dont personne ne doutait puisqu'il nous avait offert deux chefs d'œuvre d'interprétation dans Rocky (1976) donc, et Rambo (1982). Hélas, Rocky Balboa reste sur la même lignée et souffre donc des mêmes défauts.



Le résultat est simple : sur 1h40 de film, on assiste facilement à 1h20 de dialogues en champ / contre champ entre l'étalon italien et son coach, son amie, le fils de son amie, son propre fils et même son chien, dans lesquels les protagonistes nous assènent avec la plus grande sincérité des banalités avec la finesse d'un uppercut d'Ivan Drago. Après ça, tout le monde aura compris que le plus important dans la vie, c'est de savoir encaisser, qu'il faut suivre son destin, et que surtout, on peut apprendre à donner sans forcément recevoir en retour. Merci Sly pour cette leçon d'humanité.

Mais cela ne serait pas bien grave (les messages mièvres ne font pas forcément de mauvais films) et on pourrait s'en accommoder si l'histoire tenait la route. Mais là encore, le grand n'importe quoi bat la subtilité par KO, car M. Stallone (scénariste du film) n'était pas très inspiré lorsqu'il décida de s'attaquer à son écriture. Petit résumé : Rocky est un vieil homme qui vit dans le passé, ressassant sans arrêt les moments vécus avec sa femme décédée (images en surimpression des épisodes précédents et ralentis sur fond de musique mélancolique style American Idol à l'appui) et ses glorieux combats, cherchant en vain l'événement qui lui redonnera l'œil du Tigre. Pas de mort de personnage ni de désir de revanche, c'était déjà fait. Sly nous ressert donc la soupe de la remise en question (un peu comme dans le 3 mais en vraiment moins fort) ce qui pousse son personnage à retourner taper dans de la bidoche congelée.



Et c'est à ce moment, qu'on assiste certainement à la trouvaille scénaristique la moins crédible de ces dix dernières années, ridicule dans sa forme et qui plus est, complètement déchargée d'émotion : un jour, en zappant sur une chaîne du câble, notre retraité va tomber sur une émission d'ESPN qui consiste à simuler des matchs de boxe virtuels entre des champions actuels et des légendes d'autrefois (style Final Night Round), et que le logiciel le donne grand vainqueur. Mais bien sûr, si un ordinateur le dit, c'est sûrement que ça doit être vrai ! Ni une ni deux (enfin si un peu quand même car Rocky doit d'abord aller en parler à tout son entourage), le voilà qui remet ses gants et qui commence un fameux « Training Montage » de 2 minutes sur le fameux air composé par Bill Conti (d'ailleurs peu inspiré sur cet épisode) en 1976, qui va le remettre à niveau et rattraper quinze ans de pantouflage.

Voilà donc notre héros prêt à affronter le champion du monde actuel (un certain Mason Dixon, pas charismatique pour un sou, qui est un peu à la boxe ce que 50 cent est au rap, à savoir un leader dont tout le monde se fout) dans un combat que tout le monde voit au mieux comme un grand coup de pub, au pire comme une exécution. Et là, on doit bien avouer que malgré tout ce qui vient de se passer, on y croit encore. On se dit qu'on va voir du sang, de la sueur, des coups, une histoire dans le combat peut-être digne de celui contre Appolo Creed et que les deux hommes vont se faire face dignement, le regard lourd, les muscles tendus et la mâchoire serrée.



Mais hélas encore une fois, la scène tombe à l'eau, la faute cette fois à l'idée de mise en scène la pire que l'on puisse imaginer, M. Stallone (réalisateur du film aussi) ayant eu pour volonté de faire un combat le plus réaliste et le plus cru possible. Bonne idée dans l'absolu, mais dans la tête du réalisateur, réalisme = télévision, et donc à l'écran, cela se caractérise par une utilisation incompréhensible de la HD et de la mise en image plate des retransmissions sportives télévisuelles : en clair, ce sont trois caméras vidéos qui nous montrent le combat final et on a franchement l'impression de regarder Canal Plus un dimanche soir à 2h du matin. Par certains moments, la pellicule réapparaît quand le Rock refait surface, puis repart quand c'est Mason qui domine et ainsi de suite, le tout entrecoupé de flash « Tony Scottien » sur Adriane, son fils, son coach, son restaurant, etc… Un choix pas fin pour deux sous, et une séquence ratée dans laquelle il ne manque que Francis Cabrel et sa guitare chantant « c'était mieux avant ».



Rocky Balboa est donc un film raté. Pourtant, au final, lorsque la dernière image apparaît à l'écran, dans laquelle on voit Rocky s'en aller sous les hourras d'une foule conquise, on ne peut s'empêcher d'y croire, de se dire que bon sang, il a vraiment la classe, et que malgré 100 minutes de guimauve, Rocky Balboa contient un ingrédient unique qui semble avoir disparu de l'imagination des scénaristes depuis presque dix ans (à quelques exceptions près) et que l'on aimerait voir plus souvent dans les salles obscures : un héros, un vrai.


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