BASIC INSTINCT 2La suite de
Basic Instinct n'aurait pas pu se faire sans Sharon Stone. Mais elle ne pouvait pas se faire non plus sans la présence de Paul Verhoeven qui est à l'origine du mythe. Le premier volet était très personnel et précisément ancré dans la filmographie du Hollandais violent.
Le Quatrième Homme, son chef-d’œuvre, en dessinait d’ailleurs les prémisses prometteuses. Quand on voit le résultat de la
sequel, on se dit que Verhoeven a peut-être bien fait d'abandonner ce projet maudit, initié il y a déjà huit ans.
Catherine Tramell est de retour. Elle quitte San Francisco pour Londres et reprend son métier d’écrivain. Oui mais voilà, la belle écrivaine est accusée du meurtre de son nouveau fiancé, mort dans d’étranges circonstances. Elle doit être évaluée par un psy avec lequel elle va nouer une relation du genre tumultueuse. Progressivement, les deux individus vont révéler des détails troubles de leur passé et le prédateur n’est pas forcément celui que l’on croie. Résultat, elle est chaude comme la braise.
De nombreux réalisateurs (David Cronenberg, John McTiernan…) se sont succédés à la chaîne. A la lecture du scénario, ils ont tous refusé. Tous sauf Michael Caton-Jones, sorte de symbiose de Joël Schumacher et Brett Ratner. Le premier opus signé Verhoeven contenait un cortège de séquences cultes (la scène de la boîte avec en fond sonore
Blue de La Tour, le fameux décroisement de jambes, le pic à glace…) qui gravitaient autour d’un scénario robuste et ambigu. Les anecdotes de tournage étaient par ailleurs croustillantes puisque Sharon Stone n’était pas au courant que l’on verrait son anatomie de manière aussi explicite. Aujourd’hui, l’actrice égratigne sans honte son image.
Basic Instinct 2 est un festival Sharon qui confine au mauvais goût. De manière générale, on perd au change : toutes les scènes de cette suite traduisent l'impersonnalité visuelle et l'absence de regard cinéma de Michael Caton-Jones qui profite de l'événement (plus de 800 salles en France !) pour sortir en parallèle un film sur le génocide Rwandais gravement démago (
Shooting Dogs). Idéologiquement,
Basic Instinct 2 est moins délétère mais ne respire pas l’honnêteté. Rien ne permet d’oublier la démarche mercantile. Pas même les ficelles invraisemblables du scénario.
En dépit de promesses riches,
Basic Instinct 2 réussit le fâcheux exploit d'être moins sulfureux qu'un sketch de Sexy Zap. Dépourvue du piment et de la folie de l’original, cette suite est plus fastidieuse qu'émoustillante. Telle quelle, elle n'avait aucune raison d'avoir les honneurs d'une sortie sur grand écran quand on sait que des films de facture infiniment supérieure n'y ont pas droit. L'intrigue est très conventionnelle et multiplie les retournements de situation prévisibles jusqu'au dernier (la conclusion vaut à elle seule le film) qui provoque l’hilarité. Les personnages secondaires, inégalement étayés, ne servent qu'à mettre en valeur la vénénosité de Catherine Tramell-Sharon Stone qui a toujours les atouts et le charme requis pour séduire. Elle demeure convaincante en mante religieuse qui puise sa sève créatrice chez des hommes pour fertiliser son imagination d’artiste psycho. Là où le récit achoppe, c’est sur le symbolisme phallique, que ce soit dans l’architecture des bâtiments ou les objets que Tramell perd et/ou laisse traîner. Ce sont des détails éminemment discrets. Pas comme Jane Campion qui, dans son
In the Cut, vrai et grand film audacieux et bouillant sur le désir féminin, avait recours à la même dimension métaphorique en tournant avec ostentation autour d'un phare.
Un peu à la manière d'Anthony Hopkins dans
Hannibal, Sharon Stone semble fonctionner (in)consciemment sur un mode univoque : celui de l’auto-parodie. Au même titre que le film s'égare parfois méchamment dans des délires grand-guignolesques poussés (le duo Charlotte Rampling - Sharon Stone et les pathétiques allusions latentes). Présentement, l'actrice, qui peut se targuer d'un beau cachet, détruit autant qu'elle sert le personnage en multipliant les poses lascives, les décolletés ravageurs et les regards torrides. Face à elle, David Morrissey est inexistant, mais c’est une bonne façon de symboliser le baiser de la femme araignée (autrement dit la castration masculine). A l'aune de la suite (malade) de Ridley Scott susnommée,
Basic Instinct 2 tente de relancer une franchise reposant sur un chef-d'œuvre indépassable qui se suffisait à lui-même.
Les images diffusées dans le promo-reel dispo sur le net avec du triolisme, du saphisme et de la nudité frontale étaient bidons puisque coupées au montage et exécutées par un pirate qui a profité d'une fuite de studio. Paradoxalement, le film se montre puritain, pour ne pas dire frileux, et se révèle aussi explosif qu'un pétard mouillé. On pousse le vice – et Sharon adore le vice – à se demander si ce ne sont pas les studios qui ont fabriqué ce faux trailer pour donner un regain d'intérêt à l'événement. Dans un ultime élan, le twist final presque troublant propose une piste intéressante sur la manipulation créatrice et essaye de conférer une ambiguïté supplémentaire sans y parvenir.
De ce précipité qui flirte avec le sous-thriller Hollywood Night, il reste Sharon Stone (et sa plastique visiblement très entretenue), seule maîtresse de l'édifice filmique, arrogante et belle, toujours à deux doigts de la grognasserie et de la pétasserie, qui met du cœur à l'ouvrage pour masquer la vacuité de son entreprise mort-née. L'effet ne dure pas longtemps puisque même le film semble se retourner contre elle : on a l’impression qu’il a été tourné chronologiquement et que plus il avance, plus le visage de Sharon se déconfit. C'est tout le combat d'une actrice suffisamment maligne pour donner l'illusion qu'il se passe quelque chose d'intense à l'écran alors qu'elle ne fait que prendre les vessies pour des lanternes.