Par Nicolas Houguet - publié le 28 novembre 2006 à 07h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h18 - 0 commentaire(s)
L’étrangeté de ce film, c’est sa mise en scène et sa direction d’acteur, très marquée. C’est un film anachronique. On s’attendrait à une mise en scène très académique et classique presque figée (à l’image du Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli) avec des acteurs au jeu sobre et emphatique. Et ici c’est réellement un film de Scorsese, à rapprocher dans le style de Taxi Driver ou de A tombeau ouvert. Paul Schrader est d’ailleurs une fois encore l’auteur du scénario. La caméra est très souvent à l’épaule, nerveuse. Il use d’effets de zoom soudains et spectaculaires sur les visages, d’effets spéciaux (pendant la scène où Jésus est dans le désert). Le jeu des acteurs est quant à lui très moderne. Willem Dafoe est exalté, halluciné, tourmenté. Un jeu presque violent. Des cris, des pleurs, de la violence. Harvey Keitel, très présent dans le rôle de Juda, est très intense et brutal. C’est assez déroutant d’ailleurs de voir ces acteurs très expansifs, irrespectueux de la dignité présupposée de leurs rôles. Il leur insuffle de la fièvre, peut-être trop. David Bowie est par contre parfait dans le rôle de Pilate et dégage cette frivolité et cette ambiguïté empreinte de dépravation qui sied fort bien à un romain antique. Le décor est quant à lui dépouillé, désertique, naturel, à mille lieues des fastueux peplums. La musique de Peter Gabriel achève de semer la confusion entre le sujet très classique et le traitement très moderne, ce qui produit un dérèglement étrange et qui peut laisser perplexe. Scorsese livre là une vision très personnelle dans son traitement.



Cette originalité n’a rien perdu de son pouvoir puisqu’elle continue de déranger, d’interroger, non pas sur la religion mais sur l’humain. Il s’agit encore de l’histoire d’une rédemption, un thème qui est constant chez lui. La rédemption d’un homme qui a pendant longtemps fuit son destin et celle, évidemment, de l’humanité toute entière.

L’émotion suscitée par la sortie du Da Vinci Code, également très critiqué par l’église, soulève ce même problème. Ce sont avant tout des œuvres de fictions, des vues de l’esprit qui n’ont rien à voir avec la réalité de la foi ou sa doctrine. C’est un artiste qui transcrit son interprétation des figures religieuses, comme les peintres l’ont fait depuis toujours. Ils ne prétendaient pas peindre le messie et les apôtres tels qu’ils furent réellement mais en livraient leur représentation et leur interprétation personnelle.



A noter que le très beau Mary d’Abel Ferrara livrait aussi une interrogation très intéressante sur l’humanité de Jésus et sur la foi, et il livrait une réflexion profonde, érudite et très raffinée sur ce même grand sujet. C’est un motif de cinéma comme un motif de peinture, ça a quelque chose à voir avec l’histoire de l’art et avec sa fascination la plus constante… Après on peut adhérer ou pas à la vision qui nous est offerte, c’est à chacun de juger…


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