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Dossier : Paprika Ou La Science Des Reves [page 1]

Par RLV & La Rédaction - publié le 06 décembre 2006 à 01h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h19 - 0 commentaire(s)
Paprika, de Satoshi Kon, ausculte les rêves qui s’agitent dans nos cerveaux féconds et réitère de manière audacieuse les obsessions du cinéaste sur les dérives liées aux fantasmes. Quelque part entre le songe lointain et le cauchemar familial, un élixir sublime d’une puissance onirique indiscutable. Les rédacteurs en profitent pour divulguer leur film fétiche sur les rêves.



"Les deux cinéastes qui viennent à l’esprit quand on évoque le rêve au cinéma, ce sont indiscutablement Luis Buñuel et David Lynch. Respectivement, on peut citer la séquence onirique de Los Olvidados et, dans un second temps, le bloc Inland Empire, le rêve le plus revêche et le plus extrême du réalisateur où lui-même finit par se perdre."
© ROMAIN LE VERN

Nombreux sont les films qui plongent dans le monde halluciné, hallucinatoire et hallucinant des songes et nombreux sont ceux itou qui ressemblent à des rêves éveillés. Cette année, par exemple, citons Michel Gondry et sa Science des rêves, où présentement le rêve était le refuge au deuil. En opposition, soulignons Et là-bas quelle heure est-il ?, de Tsai Ming-Liang qui lui aussi traite du deuil mais a été construit comme un rêve planant et éveillé où les personnages préfèrent triturer les aiguilles des monstres pour fuir le quotidien palot. Après maintes expérimentations sur le sujet, Satoshi Kon, exception sacrée dans le monde fermé de la japanimation, vient apporter sa pierre à l’édifice onirique avec Paprika (un classique instantané, rien de moins). Selon lui, "le film ne dure que 90 minutes, mais contient beaucoup plus d’images que ce que l’on s’attend à trouver dans une telle durée". Normal : dès les premières images, inquiétantes, un homme est emmené dans un univers où ses obsessions oniriques et ses angoisses secrètes se conjuguent pour former une étrange sarabande sardanapalesque. Avec son style unique d’esthétisme barré et de références cinéphiles, Satoshi signe un film d’animation aux portes de la quatrième dimension où le spectateur peut retrouver à travers un dédale méandreux d’images fortes ses propres inquiétudes dues aux ultramodernes solitudes.



"Arizona Dream. Emir Kusturica réussit le trip onirique le plus fantasmatique des années 90, porté par la musique d'Iggy Pop. Sans oublier Johnny Depp, déjà immense, et la trop rare Lily Taylor, dont le magnétisme reste longtemps en mémoire."
© MATHILDE LORIT



Implicitement, on peut trouver Paprika très proche de Perfect Blue, film de commande sublimé qui avec le recul ressemble à une préparation du terrain Paprika. L’histoire de cet opus si proche et si loin en même temps narre le parcours de Mima Kirigoe, leader des Cham’s, groupe de chanteuses. Lorsque, forcée par son manager, elle décide de changer de registre pour jouer la comédie, cela n’enthousiasme guère l’un de ses fans, accessoirement détraqué sexuel, qui voue à son idole une obsession très préoccupante. Robustement, Kon montre un rêve qui vire au cauchemar, à tel point que le réveil n’en est que plus brutal. De manière plus profonde que Michel Gondry qui auscultait avec sa caméra-gadget toutes les choses étranges qui s’agitent dans notre cerveau, Kon continue de ressasser les obsessions paranoïaques et schizophrènes de Perfect Blue, dont la substance teintée de giallo était comparable à celle des premiers De Palma. Plus accessible que ses précédents films ou même sa mini-série Paranoïa Agent, Paprika peut être perçu comme le film de tous les obsessions du cinéaste, mais contrairement à d’habitude, c'est l’imaginaire, et non pas le réel, qui facilite l’exploration de l’âme humaine à travers une dimension esthétique éblouissante.




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