Après les remarquables
JSA,
Oldboy et
Sympathy for mr Vengeance, le virtuose Park Chan-Wook sert sur un plateau sanglant en DVD sa
Lady Vengeance, admirable conclusion à sa trilogie sur la vengeance qui plonge dans les méandres complexes et tordues de l'âme humaine. Constat irréfutable : le cinéaste a effectué un parcours sans faute. Grave interrogation : qui va l'arrêter ?
Première scène de
Lady Vengeance : des papas noëls enjoués et rigolards entonnent de concert une chanson guillerette devant des hommes et des femmes en pleurs. Une demoiselle au regard fixe, presque désincarnée, traverse la foule. Sous le grotesque apparent, sourd la tragédie. En une séquence, le cinéma de Park Chan-Wook est résumé. Se pose dès lors une question fondamentale : comment échapper au piège de la redite ? Le cinéaste répond :
"Comme tous les cinéastes du monde entier, je choisis mes projets en fonction de la façon dont ils s'inscrivent dans la continuité de mon travail précédent. Je me demande en quoi ils sont connectés avec le reste de mon œuvre et en quoi ils s'en démarquent." Dans l'Hexagone, les cinéphiles ont déjà eu l'occasion de goûter à diverses reprises aux fictions zozos de monsieur Park. Tout d'abord, avec
Joint security area alias
JSA (sorti directement en DVD ici même) qui s'impose avec une discrétion exemplaire, sans matraquage ni coup de marteau dans la tronche, comme une œuvre implacable et très maîtrisée qui, pendant une longue demi-heure, simule le thriller militaire tortueux pour progressivement dessiner un pamphlet anti-militariste et surtout une histoire d'amitié aussi brève qu'intense. Ce fut un immense succès au box-office coréen et pour cause, c'est probablement son film le plus accessible. Aujourd'hui, on ne compte plus les récompenses que le film a reçues (prix du meilleur film et du meilleur réalisateur au Festival du Film asiatique de Deauville, le Grand Belle Film Award du meilleur film et un Prix Spécial du Jury au Festival international du Film de Seattle).
Contrairement à ce que l'on pourrait penser,
JSA n'est point le premier long-métrage du monsieur. C'est un peu le même phénomène avec Shyamalan qui passe pour avoir réalisé son premier essai avec
Sixième Sens alors qu'il a tourné d'autres fictions auparavant. Passionné de cinéma depuis son plus jeune âge (son premier grand choc fut
Vertigo, d'Alfred Hitchcock), le monsieur monte lors de ses brillantes études universitaires (il a obtenu un diplôme de philosophie), le "club Movie Gang". Cette cinéphilie est ostensible dans sa filmographie voire même dans des détails subreptices comme par exemple la simple bande-son d'
Old Boy (son chef-d'oeuvre et son meilleur film à ce jour) dont chaque titre est spécialement en référence à un autre film (dont pas mal de Polanski, son maître vénéré). Référence flatteuse, certes, mais peu étonnante, il partage avec le réalisateur du
Locataire le même amour pour Kafka, le même sens de l'absurde, du surréalisme, de l'illogisme. Dans
Old Boy ou les deux
Sympathy…, il amplifie cette violence pour discrètement la tourner en dérision, triturer de l'intérieur le mécanisme de personnages qui ont la bonne idée de ne point confiner aux stéréotypes :
"JSA (Joint Security Area) avait des fusillades, des grands décors, de nombreux personnages et une structure complexe avec une touche romantique. Par réaction, j'ai abordé Sympathy for mr Vengeance selon une approche plus minimaliste, je recherchais un feeling simple, calme et sec. Je voulais par exemple que le film soit moins dialogué, j'ai donc fait d'un de mes personnages principaux un muet. Mais ensuite, j'en ai eu assez de cette retenue et c'est ce qui a fait de Old Boy ce qu'il est."