De plus en plus, les stars de la pop culture ne font même plus parler d’elles dans les médias : elles paralysent le cinéma. Un film comme
Southland Tales, de Richard Kelly, est intéressant de ce point de vue : au-delà de tous les thèmes qu’il traite (politique, malaise américain au lendemain de la seconde Guerre du Golfe), cet objet mutant a comme grand mérite de prendre le pouls artistique des Etats-Unis, la veille de la fin du monde. C’est une métaphore sur la création suggérant que les frontières entre les différentes formes d’art (la musique, le cinéma, la rhétorique ou même la pornographie) ont été bannies depuis longtemps. A force de tout amalgamer, les talents deviennent invisibles. Par exemple, s’il l’on en croit le réalisateur de
Donnie Darko, les actrices issues du porno peuvent devenir chanteuses ou animatrices télé et réciproquement. Conséquence directe de la télé-réalité ? Ou d’Internet (l’implosion de Myspace) ? Kelly est l’un des premiers à avoir cru au talent de Justin Timberlake comme acteur qui jusque là était assimilé à un chanteur pour minettes. Le film date d’il y a deux ans, et il est hallucinant de voir à quel point il était prémonitoire. L’actualité lui donne raison.
Voyant ses confrères Ice Cube et Xzibit faire les acteurs, le rappeur RZA a récemment avoué son envie de devenir réalisateur avec
The Man with the Iron Fist, une histoire sanglante de kung-fu (Eli Roth veut être producteur et Quentin Tarantino aimerait le soutenir dans sa démarche). Dernièrement, une rumeur (démentie depuis) voulait que Britney Spears – qui n’a fait ses preuves au cinéma qu’avec le calibré
Crossroads et une intervention désolante dans
Fahrenheit 9/11 – fasse partie du casting du prochain long métrage de Quentin Tarantino (Inglorious Bastards). Quelques mois après la sortie de son dernier album,
Hard Candy, Madonna sort quant à elle un premier long métrage :
Obscénité et vertu. La chanteuse pop s’appuyant sur ce qu’elle pense être de l’intégrité musicale pour fréquenter – enfin – un domaine (le cinéma) dans lequel elle n’a jamais réellement percé en tant qu’actrice. Ce double coup commercial donne envie de se demander si la musique pop et le cinéma pop ne peuvent plus, à l’heure d’aujourd’hui, vivre l’un sans l’autre. Pour le meilleur et, aussi, le pire.

Vous aussi, vous ressentez ce flou artistique de plus en plus évident ? Le cinéma qui devient soit un jeu vidéo grandeur nature, soit un long clip pour stars éphémères ? Un bien, un mal ? Faut-il s’inquiéter de cette industrialisation massive ou trouver dans cette démarche une évolution évidente provoquée par l’aplanissement d’Internet ? Incontestablement, les chanteurs qui deviennent acteurs – et remplacent les acteurs – le temps de quelques films ne sont pas un phénomène nouveau. Aujourd’hui, il prend une telle ampleur que la distinction n’a plus lieu d’être. A ce petit jeu, certains s’en tirent mieux que d’autres. Pour donner un exemple, David Bowie, icône glam rock par excellence, s’est révélé excellent dans les deux catégories. Et son cas n’est pas isolé. Dans
Basquiat, de Julian Schnabel, il interprète un Andy Warhol plus vrai que nature. Dans
Furyo, de Nagisa Oshima, il joue un prisonnier blond jalousé par Takeshi Kitano et secrètement aimé par Ryuichi Sakamoto. Dans
Les prédateurs, le premier long-métrage de Tony Scott, son coeur androgyne de vampire avide d'immortalité vacille entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon. Dans
L'homme qui venait d'ailleurs, de Nicolas Roeg, il exprime toute sa singularité émotionnelle, et on le voit même arbitrer un défilé de mode dans
Zoolander. Si on devait trouver une ombre au tableau, ce serait à la rigueur
Labyrinthe, de Jim Henson, dans lequel Jennifer Connelly part à la recherche de son frère kidnappé et le chanteur de
This is not america, affublé d'une perruque à la Kim Carnes, joue un méchant entouré de petits goblins. L’iguane Iggy Pop a lui aussi élégamment transgressé la frontière que ce soit avec Jim Jarmusch (
Dead Man et
Coffee and Cigarettes dans lequel on retrouve également le rappeur RZA) ou John Waters (
Cry Baby). La passerelle ciné-musique s’est également faite à travers l’emprunt intempestif de ses standards. Mais on se souvient surtout de
In the death car qu'il a composé pour
Arizona Dream, de Emir Kusturica.