Par Caroline et Elodie Leroy - publié le 19 juillet 2006 à 11h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h04 - 0 commentaire(s)
Animal vénéré ou créature maudite, le chat est entouré de mythes contradictoires. A travers les époques, les humains se sont abîmés dans la contemplation de ses yeux profonds, ont loué sa grâce légendaire et son pelage soyeux et brillant. Parallèlement, ils ont fustigé son indépendance, son individualisme, sa sournoiserie et son pouvoir de manipulation. Tandis qu'il acquiert un statut quasi divin en Egypte, en tant qu'incarnation de la Déesse Bastet (symbole de la fertilité d'apparence féminine avec une tête de chatte), et qu'il devient le symbole de la prospérité et de la fortune au Japon (le fameux Maneki Neko, statuette de chat présente dans tous les commerces), le chat est longtemps victime de persécutions en Europe. Au 12e siècle, il est déclaré ennemi public numéro un par l'Eglise, dont les représentants associent le félin au Diable et à la Sorcellerie, avant de l'assimiler au Féminin et ses turpitudes. En même temps que les sorcières, les chats sont brûlés, sacrifiés, subissent les pires tortures. Tout cela pour finir par s'apercevoir que les félins sont en fait bien utiles pour se débarrasser des rongeurs. De quoi faire un soudain virage à 180 degrés.


LE CHAT BOTTE vu par Gustave Doré, XIXe siècle

Depuis la réhabilitation du chat, on ne compte plus les écrivains et artistes amoureux des gracieux félins. Le premier chat à se faire connaître à travers la littérature est le chat botté, que l'on rencontre dans le célèbre conte de Charles Perrault, publié dans Les Contes de ma mère l'Oye et qui s'inspire de la création de l'écrivain italien Gianfrancesco Straparola en 1550. Seul héritage légué au cadet d'une famille de trois garçons, le chat malicieux fait une requête à son maître : des bottes. Ainsi, il pourra prouver au jeune garçon qu'il est une bénédiction. Manipulateur et rusé, le chat botté apporte à son maître la gloire, la fortune et même un mariage. La fin justifiant les moyens, le chat n'hésite pas à employer le mensonge voire la cruauté pour faire passer son maître pour un riche seigneur auprès du roi, afin que celui-ci consente à donner au jeune homme la main de sa fille. Le chat botté synthétise à peu près tous les vices que l'on prête à son espèce. Pourtant, il ne porte pas malheur, bien au contraire.


FELIX LE CHAT

Le premier chat à avoir marqué le 7ème Art de sa majestueuse empreinte est le héros de la série de courts-métrages d'animation en noir et blanc Krazy Kat, dont le premier épisode date de 1916. Créé par George Herriman en 1913 et publié dans le William Randolph Hearst' New York Evening Journal, Krazy tint la vedette de comic strips réguliers jusqu'en 1944. Chat de sexe indéterminé, dont l'allure filiforme a de quoi déconcerter, ce personnage très populaire s'est vu de nouveau porté à l'écran en 1925 après une pause de quelques années. Entre temps et sous l'influence de Bill Nolan qui reprend les rênes de la série, il renaît sous les traits d'un chat mâle et son design a sensiblement changé au point d'évoquer très fortement le nouveau chat vedette des années 20 : Félix le Chat.
Félix le Chat, dont la paternité a été revendiquée à la fois par l'Australien Pat Sullivan puis par son assistant américain Otto Messmer, est un dessin-animé distribué pour la première fois en 1919 par Paramount Pictures, soit à l'époque du muet. Son adaptation sous forme de comics, dessinée par Otto Messmer, est postérieure à son énorme succès au cinéma. Les courts-métrages au ton souvent surréaliste doivent beaucoup au talent d'animateur de Messmer. Ce petit chat noir et blanc est le héros des déshérités, courageux et débrouillard en dépit des difficultés que la vie met en travers de son chemin. Il est aussi le premier héros de dessin-animé à avoir acquis un statut de "star", avant Mickey Mouse. Il sera d'ailleurs détrôné par ce dernier dans le cœur du public dès la fin des années 20, lors du passage du muet au parlant. Il fera ensuite son retour à la télévision en 1960 dans une série supervisée par l'assistant d'Otto Messmer, Joe Oriolo, et destinée cette fois aux enfants : Félix s'y balade avec un sac magique dont il peut retirer tous les objets dont il a besoin, quelle que soit leur taille.

Z'ai bien cru voir un grosminet, disait Titi. Déployant son charme, révélant ses ambiguïtés, le chat est devenu un animal récurrent du Septième Art. La sortie cette semaine de Garfield 2, du même réalisateur Tim Hill de Garfield, est l'occasion de revenir sur les différents visages du félin à l'écran et à travers le monde. De l'animal anodin à la grande star, du chat noir au rouquin tigré, du gentil compagnon à la bête sauvage, qui sont les chats inoubliables du cinéma ?


GARFIELD 2


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