Qui n’est jamais sorti d’une séance de cinéma, le lobe frontal rougi, l’œil perplexe et inquiet, la sueur perlant sur les tempes et la parole timide, attendant de ses amis de dire en premier ce qu’ils pensent du film, puis, avec un soulagement secret, leur avouer aussi n’avoir pas tout compris ? Parce que certains films se parent de mystère, parce que certains réalisateurs se veulent plus ou moins accessibles, parce que certaines oeuvres sont plus à ressentir qu’à réfléchir, parce qu’on peut rentrer dans un film comme rester à la porte de l’univers qu’il vous propose, certaines projections ressemblent plus à des rêveries bizarres qu’à des livres d’images pour enfants. Replongeant dans ses souvenirs, la rédaction évoque ses films enveloppés de brume.
Arnaud Olzeski : Mulholland drive de David LynchL’homme est un habitué du fait depuis
Eraserhead, de
Twin Peaks à
INLAND EMPIRE, en passant par
Lost Highway. C’est presque une marque de fabrique, celle de cette « inquiétante étrangeté » théorisée par Freud et qu’on applique souvent à son œuvre, même s’il s’ingénie parfois à en prendre le contre-pied parfait (
Une histoire vraie dont le titre en anglais est encore plus parlant
The straight story). L’insaisissable est au cœur de ces œuvres, symphonies de couleurs et peintures de sons, primauté des sensations sur l’intellect, dérèglements narratifs, sentiments d’étrangeté dans le familier, toutes sont des expériences sensitives. Fascinants mystères, il n’y a qu’une chose à faire en voyant ces films… se laisser envoûter, et qu’une chose à faire en en sortant… y retourner.
Pierre Delorme : L’odyssée de l’espace de Stanley KubrickEt pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé car on m’a toujours dit qu’il fallait plusieurs visionnages pour comprendre la portée philosophique du « chef d’œuvre » de Kubrick. Mais comment saisir un second degré de lecture quand on ne perçoit même pas le premier ? C’est quoi ce tunnel à la fin ? Pourquoi cette scène dans la chambre avec ce bébé tout laid ? Je n’ai rien contre les métaphores, mais c’est vrai que les films qui ne reposent que là-dessus ont très souvent tendance à m’énerver. Peut-être aussi que je ne veux pas comprendre, tout simplement… Et c’est vrai que je pourrais réessayer de le regarder une fois en intégralité sans m’endormir, ça aiderait. Et pourquoi il y a une Playstation 2 qui tombe au milieu des singes au début ? Satané marketing !