Troisième long métrage du cinéaste,
Fragile confirmant le penchant US avec dans le rôle principal, Calista Flockhart. Dans un hôpital pour enfants, une infirmière, brisée par l’existence, essaye de se donner une raison de vivre. Seulement, le jour où une gamine lui confie que les enfants de l’hôpital subissent des attaques mystérieuses, elle commence à se poser des questions et voit de drôles de choses. Cauchemar. Ça donne une ghost story de luxe délicieuse directement sortie en DVD (une honte) qui, comme Tourneur, Roeg et Loncraine, sait allier modestement et intelligemment le fantastique et le mélodrame. Balaguero sait très bien que sous chaque grand film fantastique, se cache une histoire d’amour. Celle qu’il nous raconte dans
Fragile est déchirante, peut-être parce qu’ici l’amour est plus fort que la mort, mais surtout qu’aimer est plus fort que d’être aimé.
En surface, le résultat est éminemment classique avec ses codes immuables, son ambiance maussade et ses personnages secrets, tourmentés et/ou ambigus. Oui mais voilà, si au gré de ses bobines,
Fragile arbore une architecture robuste, en profondeur, le film ne cède pas aux facilités ni même à la roublardise qui consiste à manipuler les spectateurs avec la transcendance du néant ou du mysticisme craignos. Ici, la forme – splendide parce qu’à la captation de sentiments fuyants, le cinéaste offre une forme rigoureuse, un soin somptueux accordé aux cadres et aux couleurs et, surtout, une croyance de cinéma – et le montage – pas découpé comme les précédents Balaguero – fonctionnent en étroite corrélation avec le fond, subtilement bouleversant.
La secte sans nom racontait la quête d’une mère qui part à la recherche de sa fille disparue ;
Darkness, l’histoire d’une famille en pleine déconfiture affective qui au contact des ténèbres vont progressivement perdre la boule ;
Fragile scrute le dévouement d’une infirmière pour une jeune fille persuadée d’être harcelée par un fantôme. A l’exactitude clinique des gestes du quotidien, s’oppose une relation entre les deux filles qui jusqu’au bout demeure opaque, irrésolue. Autre qualité appréciable, le problème Calista Flockhart n’en est pas un puisque l’actrice ne cherche pas à se mettre en valeur mais davantage à se fondre dans la solitude de son personnage. Elle n’est pas bonne ou mauvaise comédienne, elle est juste au diapason. Sans conteste l’une des plus belles révélations fantastiques de ces dernières années.
Depuis, le cinéaste hésite. Le «next Balaguero project» devait être une adaptation de roman (
La dame numéro 13) sur les muses inspiratrices.
«Si ces femmes qui inspirent les artistes n’étaient pas des mythes, mais bien réelles. Et bien sûr elles sont 13. Le roman est très complexe, avec beaucoup de références aux poètes espagnols, anglais, italiens, français. Avec en plus une histoire passionnante et terrifiante. Je suis vraiment très excité à l’idée de l’adapter.» La réussite de
Chez nous, segment explosif de la collection
Peliculas para no dormir, est venue tout chambouler. L’histoire? Un jeune couple cherche un nouvel appartement et débarque dans un immeuble insalubre et sinistre en compagnie d’une agente immobilière moyennement fiable. Le résultat donne l’impression de voir les quinze minutes finales de
La secte sans nom et
Darkness dans une version
extended, non-stop et sans la moindre baisse de régime. Absence du montage ultra-cut: Balaguero va à l’essentiel en distillant l’angoisse graduellement et en ayant recours à quelques facilités inhérentes au genre (frontière rêve/réalité). Des babioles tant l’intensité monstrueuse qui s’en dégage glace l’échine.
Avec [REC.], il vient de franchir une nouvelle étape dans la représentation de l’horreur. La violence n’est plus hors champ (on voit tout par la caméra qui est aussi le regard du cameraman effrayé) et le réalisme teinté d’humour a pris le pas sur la surenchère crapoteuse. A chaque tentative, il ne perd rien de son pessimisme. Tous ses films se terminent extrêmement mal même si on peut discuter du final «apaisé» de
Fragile.
[REC.] ne fait pas exception à la règle. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si la scène la plus effrayante du film est située lors des dix dernières minutes…