Par - publié le 24 avril 2006 à 09h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h53 - 0 commentaire(s)
Qu’on l’aime ou non, The Great Ecstasy of Robert Carmichael, mal reçu au dernier festival de Cannes en raison de certaines séquences difficiles, a le mérite de poser l’éternelle question de la représentation de la violence au cinéma. Estampillé comme le nouveau Funny Games propre à faire passer "Orange Mécanique pour un clip de Britney Spears", le film ressemble davantage à la représentation Dantesque de l’enfer mental d’un protagoniste qui ne voit dans la violence extrême qu’un échappatoire à son quotidien saumâtre. Mais entre Orange Mécanique et The Great Ecstasy of Robert Carmichael, de nombreux cinéastes et de nombreux films ont tenté de répondre à cette problématique en questionnant à chaque fois les désirs du spectateur et en n’évitant pas toujours quelques scandales.



Bonnie & Clyde, de Arthur Penn, demeure sans conteste comme l’un des premiers films à montrer l'ultraviolence au cinéma, à la cerner et à la décortiquer, de manière aussi libre. Quelques années auparavant, un film comme La Fureur de vivre qui en dépit d’un charme incontestable ne choque plus personne a écopé lors de sa sortie d’une interdiction aux moins de 16 ans. Depuis, les mœurs ont changé et la violence, qui peut parfois se traduire comme le constat d’une société déshumanisée (on peut montrer la violence sans avoir recours aux geysers de sang), est devenue plus acceptée même s’il faut toujours faire attention à son utilisation (à quels fins ? Dans quel but ?). A l'époque, un film comme Kill Bill, dans lequel Tarantino pousse loin la surenchère gore pour un produit Miramax, aurait alors été impensable. Le réalisateur fait partie d’une mouvance, souvent critiquée mais généralement très appréciée par les spectateurs, de mélange de dérision, d’humour et d’effluves sanguinolentes. De manière générale, Tarantino amplifie la violence pour la désamorcer et s’éloigner de toute velléités véristes. Certains films s’inscrivent dans cette lignée de manière plus ou moins inconsciente. Old Boy, de Park Chan-Wook, traite la violence vengeresse de manière fantaisiste avec de nombreux effets de mise en scène qu’on serait tenté de qualifier de clinquants alors qu’en réalité, il n’y a strictement aucun compromis dans le fond comme la forme. Comme les grands films d’antan, Chan-Wook aime à concilier le tragique et le grotesque pour édifier des intrigues littéralement Shakespeariennes, volontairement romancées et hyperboliques pour fuir toute forme de réalité. Ce qui aurait pu être désincarné ne l’est pas. Le cas de Sympathy for mister Vengeance est plus ambigu parce qu’il refuse les afféteries formelles et colle à son sujet (la vengeance, sans artifices) comme à l’horreur des situations. La noirceur est tellement paroxystique que certains passages deviennent presque involontairement drôles (le père qui baille devant l’autopsie de sa môme, le viol nécrophile…).



En revanche, un film comme Tueurs nés, plus discutable parce que dépourvu de nuances, ne fonctionne pas sur le même canevas : la forme stylisée va à l’encontre du fond, très provocateur, ouvertement barré, complaisant et exagérément dénonciateur qui fait mine de prendre à la légère un propos tendancieux sur le rapport avec les médias. Stone n’y a pas été de main morte, c’est peut-être ce qui fait la qualité du film, mais c’est à partir de cet instant qu’il a perdu quelques uns de ses plus grands fans. Certains lui ont reproché – et lui reprochent toujours – d’avoir fait un film pop-corn sur l’ultraviolence. Les Rejetons du diable, de Rob Zombie, présenté comme un avatar Tarantinesque, se situe plus dans le sillage de Tueurs nés avec les risques que cela comporte. Tous les films sur le sujet ne sont pas à mettre dans le même sac : une œuvre potache comme C’est arrivé près de chez vous est plus un parangon d’humour noir qui dissimule un malaise bien présent, notamment lors de la scène du viol collectif ou le meurtre de l’enfant. Sous les rires, on n’oublie pas l’ignominie des actes.


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