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Dossier : Shakespeare Et James Gray [page 4]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 09 novembre 2007 à 09h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h16 - 0 commentaire(s)
Dans cette évolution, celle qui marque le retournement d’un des deux personnages principaux au cours même du scénario et c’est peut-être cela qui par instants, le rend difficile à croire, La Nuit nous appartient ouvre sa fin et son devenir à une perspective moins abrupte et plus prompte au pardon. Même si celui-ci passe comme dans toute la littérature Américaine ou le cinéma de l’Ouest par la vengeance et l’insupportable d’une exécution que justifierait seul au mépris du droit et des lois, le comportement abject de celui qu’on abat. En effet, touché par le sort de son frère et la crainte de voir son père mortifié, Bobby va défier son mentor en criminalité. Niant ainsi sa famille criminelle d’adoption et son père de substitution, il va reconquérir l’estime de son véritable père et gagner peu ou prou la confiance de son frère perdu. Jusqu’à devoir essuyer la responsabilité de ce qui leur arrivera et tout faire pour lui-même faire périr dans le sang et le feu, images christiques au possible, le fautif responsable et ainsi tuer cet autre père qui n’en fut pas un.


Si l’on fait donc le rapide tableau de ce que le théâtre semble apporter par ses grands auteurs à la construction de la Nuit nous appartient, on ne peut qu’être sensible à l’héritage dont il déborde et se nourrit, même si celui est plus certainement inconscient et lié à une culture littéraire incorporée qu’à une véritable envie de fonder un cinéma dramatique contemporain sur les monuments du théâtre classique. Ainsi, si l’on ne peut que reconnaître la force et la puissance de la Nuit nous appartient par rapport à tant d’autres films de mafia peut-être plus habiles, violents ou machiavéliques, c’est par ce terreau commun de thématiques et de choix scénaristiques qui construisent leurs personnages et leurs destins au cœur d’une gigantesque tragédie antique dont on se sort uniquement par la prise de conscience d’une rédemption à obtenir quoiqu’il en coûte. En cela donc, penser James Gray à l’aune du théâtre et à la dramaturgie invite à ouvrir d’autres pistes plus fécondes pour ce qui est de l’interprétation de ce cinéma d’action politique pourtant très écrit et subtil. Dès lors, si nous vous invitons à vous-même explorer, approfondir et découvrir dans The Yards et Little Odessa des pistes qui seraient analogues, on ne peut qu’affirmer que notre cinéaste natif du Queens promet véritablement pour l’avenir. Et s’il est présomptueux de l’assurer, espérons le voir à nouveau réussir d’aussi magistrales compositions de personnages égarés dans l’enchevêtrement saisissant de chroniques familiales et claniques qui s’apparentent toutes à des pièces de cinéma aussi tragiques qu’abouties.
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