Impossible (on dit bien impossible) de rester vivant sans avoir goûté à cette immense série sur la mort. La rumeur venue d'outre-Atlantique disait vraie : la troisième saison égale en richesse dramatique les deux premièrs volets de
Six Feet Under.
Ce n’est pas un mince exploit tant ces dernières, d’une incroyable acuité psychologique, confirmaient au gré des épisodes l’extraordinaire qualité de la série.
Six Feet under, ou comment rire de l’absurdité de l’existence, comment voir notre quotidien à travers les yeux de gens si proches et si lointains, comment célébrer la vie en parlant drôlement de la mort.
Six Feet Under, série mélancolique, joyeuse et fiévreuse, superbe de maturité et de cohérence, avec des personnages complexes incarnés par des interprètes au sommet de leur art. Dans le genre, on ne fait pas mieux. Le coffret de la troisième saison est sorti début avril. Vous ne devez pas le rater.
Kesako Six Feet Under ? Aux antipodes des séries télévisées comme on en voit trop (comprendre aseptisées et avec des personnages qui résolvent leurs problèmes dans la joie et la bonne humeur),
Six Feet Under est une série formidable, produite par HBO, qui autopsie les malheurs et bonheurs d’individus en totale contradiction avec eux-mêmes, confrontés chaque jour à la mort, qui doivent apprendre à vivre, à aimer la vie et à aimer les gens même dans leurs plus horribles défauts. Autour de deuils qui ne se font pas, le clan Fisher, famille de croque-morts, qui trainent leur belle singularité dans des corbillards. Chaque membre possède une personnalité très affirmée (le frère homo, la maman coincée, l’ado rebelle…) mais n'appartiennent pas aux vilains stéréotypes. Ce sont des êtres qui vivent avant d’être des marionnettes téléguidées par des producteurs scrupuleux des réactions des spectateurs. Tabous qui volent en éclats, personnages tracassés par de lourds démons intérieurs, situations absurdes qui font swinguer le quotidien pâlot. Une série d'une beauté infinie qui hache menu conventions et clichés.
La saison 3Premier épisode. Première mort… inattendue. La structure inconfortable de ce prologue marque une différence avec les précédents opus et lorgne ouvertement vers le fantastique en jouant avec les conventions de la série (l’épisode démarre toujours sur une mort et cette fois, sur celle de Nate). On s’en souvient, la seconde saison s’achevait sur l’opération de Nate suite à sa tumeur au cerveau. Le genre d’épilogue qui file le cafard mais donne malgré tout l’envie de connaître la suite. Histoire de chercher une étincelle d’espoir dans ce monde ténébreux. En apparence, les personnages semblent avoir mûri et ainsi s'être rangés dans un train de vie qui leur convient : Nate (Peter Krause, impressionnant) mène une existence a priori tranquille et découvre ce que signifie être en couple (bébé à charge, contraintes budgétaires, incapacité d’agir en solitaire, moins de relations sexuelles…). A ses côtés, Lisa (Lili Taylor) dont l’arrivée précipitée laisse le spectateur perplexe. Le personnage s'avère ingrat parce qu’il passe pour avoir pris la place de Brenda (Rachel Griffiths) qui disparaît dans le dernier épisode de la seconde saison. L’absence de Brenda (névrosée, barrée, géniale) se fait d’ailleurs sentir : elle manque au spectateur comme à Nate et possède le grain de folie et la confiance que Lisa n’a pas. A son plus grand dam. Elle le sait, elle le sent.