Par Caroline Leroy - publié le 22 février 2008 à 15h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h35 - 0 commentaire(s)
La sortie sur nos écrans le 2 mai prochain d'Amer Béton, premier long métrage de Michael Arias, invite à se pencher de plus près sur l'histoire du studio qui lui a permis de voir le jour. Fondé en 1986 par Koji Morimoto, Yoshiharu Sato et la productrice Eiko Tanaka, le studio 4°C se caractérise depuis ses débuts par une démarche artistique originale et très cohérente, qui le distingue nettement de la plupart de ses concurrents. Véritables odes à l'imagination, les œuvres issues de cette petite société de production attestent de la formidable liberté octroyée aux multiples talents qui les ont fait naître. Au mépris des dictats commerciaux, le réalisateur/animateur Koji Morimoto a su construire sur la durée, avec l'aide de ses collaborateurs, la réputation solide d'un studio unique en son genre, dont les réalisations ont la particularité de se répartir équitablement entre longs et courts métrages.
C'est pourquoi nous nous attarderons tout d'abord sur la personnalité d'artiste et sur le travail de Morimoto au sein de 4°C, avant d'en venir plus généralement aux autres productions du studio.


AMER BETON de Michael Arias

KOJI MORIMOTO, L'AME DE 4°C

Artiste de génie quasi méconnu hors des frontières du Japon, tel est le statut étrange de Koji Morimoto, l'homme sans lequel le studio 4°C ne serait pas. C'est bien simple, il n'y a guère que ses productions qui aient eu l'honneur d'être parvenues sans peine jusqu'à nous, alors même qu'il officie en tant que réalisateur confirmé depuis plus de dix ans. En tant que producteur, son nom apparaît ainsi aux génériques de .hack//SIGN, .hack//Legend of the Twilight, Please Teacher !, Zettai Shônen, Panda-Z et du récent Bakumatsu Kikansetsu Irohanihoheto. Raison de plus pour revenir sur le parcours passionnant de cet auteur exceptionnel, à travers un petit récapitulatif de ses œuvres majeures, emblématiques des capacités du jeune studio 4°C à affirmer sa singularité au sein du paysage extrêmement riche de l'animation japonaise.

Né en 1959 dans la préfecture de Wakayama, Koji Morimoto sort diplômé de la Osaka School of Design en 1979. Il rejoint environ deux ans plus tard le studio Annapuru pour travailler en tant qu'animateur sur la série Ashita no Joe 2 réalisée par Osamu Dezaki, dont il admire le travail. Il occupera par la suite le poste d'animateur clé au sein de divers studios, sur de nombreuses séries télévisées et films d'animation, en tant que salarié tout d'abord, puis en freelance dès 1986, année de la création du studio 4°C. En vrac, citons L'épée de Kamui (1985) de Rintaro et Goku: Midnight Eye de Yoshiaki Kawajiri (1989) pour les studios Madhouse, Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki (1989) pour les studios Ghibli, Roujin Z de Hiroyuki Kitakubo (1991) pour A.P.P.P., Blue Submarine N°6 de Mahiro Maeda (1998) pour Gonzo... La liste est longue. D'autant que durant l'année 1987, sa collaboration fructueuse avec Katsuhiro Otomo, décidément découvreur de talents incomparable (Satoshi Kon, pour ne citer que lui), sur Manie Manie lui ouvre simultanément de nouveaux horizons, en tant que réalisateur cette fois. Il fera partie de l'ambitieux omnibus (c'est ainsi que l'on appelle le "film à sketches" au Japon) Robot Carnival, aux côtés du créateur d'Akira et de bien d'autres artistes de renom (Takashi Nakamura, réalisateur de la série Fantastic Children, Hiroyuki Kitakubo, mais aussi la réalisatrice Atsuko Fukushima).


ROBOT CARNIVAL

Intitulé Franken's Gears, le segment que signe Koji Morimoto pour Robot Carnival s'apparente à une variation personnelle sur le thème de Frankenstein, puisque la créature est un robot géant. Entièrement muet, rythmé par une discrète musique d'ambiance et ponctué de bruitages rigolos dignes d'un dessin-animé burlesque, ce court métrage de 9 minutes témoigne d'une science aiguë de la mise en scène et d'un goût déjà très affirmé pour les décors profonds et chargés de détails. La même année, Morimoto réalise un opening très conceptuel pour le film Project Eden, dérivé de la série télévisée Dirty Pair (Dan et Danny en français), tout en oeuvrant en tant que co-directeur de l'animation sur Akira, qui sort sur les écrans japonais en 1988. Le studio 4°C étant actif, c'est dans ce cadre qu'il renoue avec la réalisation l'année suivante, sur le court métrage faussement naïf Jack and the Beanstalk, compris dans l'Omnibus Anime Art Video Collection. Etrangement, son premier long métrage, Peek la baleine, ne sera pas réalisé sous la bannière de 4°C mais sous celle de la Toho, en 1991. Ce sera la dernière fois, car même s'il continuera longtemps, on l'a vu, à travailler en tant qu'animateur voire directeur de l'animation ici et là – comme sur la formidable scène de concert de la chanteuse virtuelle Sharon Apple dans le non moins magnifique Macross Plus de Shôji Kawamori – , ses réalisations futures se feront toutes dans le cadre de son propre studio.


Vos réactions


logAudience