Jusqu'à présent, le
Superman de Richard Donner restait indétrônable parmi les nombreuses adaptations des aventures du superhéros. On est en droit de penser que c'est toujours le cas. Mais il serait injuste de nier que le récent film de Bryan Singer,
Superman Returns, apporte une pierre non négligeable à l'édifice. Dès les premières minutes de cette version 2006, il est visible à travers de nombreux rappels que Bryan Singer tient à reprendre les bases posées par Richard Donner, ne serait-ce qu'à travers les images de Marlon Brando reprises du premier film. Cependant, depuis 1978, de l'eau a coulé sous les ponts : le cinéma a évolué, la société a changé, l'Histoire a continué son petit bonhomme de chemin. Qu'apporte Bryan Singer au mythe immortalisé à l'écran par le film de Richard Donner ?
Superman Returns est-il perverti par les travers du cinéma hollywoodien actuel ? Appartenant sans conteste au même univers, les deux longs métrages se distinguent pourtant sur de nombreux points, une évolution symptomatique de celle du cinéma, mais aussi révélatrice du contexte historique et du regard que chacun des deux réalisateurs porte sur le plus illustre des superhéros.
SUPERMAN RETURNS Superman renaît Richard Donner débutait son film dans les décors cristallins de la planète Krypton, à la veille de la destruction de cette dernière : les autorités locales restant sourdes aux avertissements de Jor-El (Marlon Brando), celui-ci n'avait d'autre choix que d'évader son fils dans un vaisseau en route vers la Terre. Dans
Superman Returns, Bryan Singer décide d'omettre le passé du héros sur sa planète, se contentant de faire entendre quelques phrases éloquentes du père, accompagnées d'un texte introductif. Nous sommes censés savoir de quoi il retourne. L'idée de génie du réalisateur est d'avoir commencé son film par l'arrivée d'un vaisseau s'écrasant brutalement, comme un météore, devant la maison des Kent. On pense alors brièvement assister à un flash-back sur l'arrivée de Superman sur Terre, alors qu'il s'agit de son retour, adulte, après un long voyage.
Superman revient, ou plutôt il renaît, ce qu'exprime physiquement ce parallèle – il est étreint par sa mère adoptive dès son arrivée. Mais il s'agit aussi d'une renaissance psychique puisque le héros a accompli la quête de ses racines, même s'il n'a trouvé qu'un monde éteint depuis longtemps. Il devient alors probable que le Superman que l'on est sur le point de découvrir sera bien différent du superhéros idéaliste et naïf dont Richard Donner dressait le portrait. Ce Superman est un "homme nouveau" (si l'on peut dire), il bénéficie d'une connaissance de l'univers mais aussi d'une connaissance de soi supérieure. Il accède à un autre stade. Mais est-ce pour le meilleur ?

Superman n'est pas le seul à faire son retour, son ennemi juré réapparaît aussi, comme en témoigne la scène d'introduction, qui précède l'arrivée du superhéros. Le film débute par un épisode dramatique montrant Lex Luthor assister à la mort d'une riche vieille dame, qu'il avait visiblement séduite. Cette introduction, qui confirme au passage qu'il s'agit bien de la suite des opus précédents (Lex Luthor est sorti de prison), en dit long sur les intentions du réalisateur. L'atmosphère intimiste voire un peu malsaine qui s'en dégage est révélatrice de la tonalité globale du film, lequel s'avère comme nous l'avions soupçonné nettement plus sombre que celui de Richard Donner. La tendance actuelle des films d'action consiste à entrer dans le vif du sujet, souvent au détriment des personnages, contrairement à la démarche d'une œuvre telle que
Superman, qui prenait le temps de mettre en place leur univers.
Superman Returns ne déroge pas à la règle puisque la première scène spectaculaire arrive relativement vite, mais avec Byran Singer aux commandes, on pouvait s'attendre à ce que l'accent soit mis sur les enjeux humains, comme c'était le cas dans
X-men. Et puis, les deux opus de
Spider-man, à travers lesquels Sam Raimi réinventait le concept du film de superhéros, sont passés par là, plaçant justement la barre très haut sur ce plan.
Superman Returns passe certes rapidement à l'action mais les scènes introductives sont percutantes, tandis que les personnages vont prendre le temps de se dévoiler.