Les choses vont se compliquer lorsque Jackson devra faire dialoguer géographiquement deux lieux appartenant au même camp. Le problème est d’abord soulevé lorsque Gandalf rend visite à Saroumane, et que nous ignorons alors la future traîtrise de ce dernier. En se rendant en territoire « ami » Gandalf parvient à la tour d’Orthanc de la droite vers la gauche. Plus tard, lorsque le traître Saroumane sera défait, Gandalf parviendra à cette même tour de la gauche vers la droite, c’est-à-dire dans la direction donnée des forces du Bien vers celles du Mal.
Le cas de la ville de Minas Tirith est assez intéressant, tant ce lieu connaît une ambivalence dans son traitement « topographique » en même temps que narratif. Cette cité blanche n’est qu’entraperçue dans
La Communauté de l’Anneau (lorsque Gandalf plonge dans ses archives) et apparaît alors comme un lieu neutre et non situé géographiquement. C’est à la fin des
Deux Tours que nous l’apercevons mise dans le contexte de la Terre du Milieu. Lorsque Frodon, Sam et Gollum sont escortés par les hommes de Faramir à la ville d’Osgiliath, ils pénètrent à l’écran en venant de la gauche (direction du voyage des hobbits, toujours inchangée) et nous voyons au loin, au fond à droite, la silhouette de la Cité Blanche (dans la version longue uniquement, car elle fut effacée de la version en salles pour éviter que le public ne la confonde avec le gouffre de Helm). Le positionnement de Minas Tirith ne permet donc pas de la classer dans un camp donné. Tout au plus savons nous que le Mordor se trouve à « sa droite » (lorsque Gandalf et Pippin aperçoivent le signal de guerre de Minas Morgul). Minas Tirith devient indubitablement une cité alliée lorsque sont allumés les feux du Gondor. Dans un pur instant de cinéma (qui n’a pas son équivalent littéraire) Jackson nous envoie de la cité blanche (à gauche) vers Edoras (à droite). La nouvelle alliance qui vient de se forger va dans le même « sens » que toute l’aventure que nous avons suivi jusqu’ici.
Textes extraits du livre : Le Seigneur des Anneaux de Rafik Djoumi, Editions Cadrage, 2006-2007. Cadrage / Arkhom'E, tous droits réservés