Par - publié le 05 novembre 2004 à 08h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h11 - 0 commentaire(s)
Après le premier Trois histoires de l'au-delà, voici la suite Three : extremes qui regroupe trois segments de cinéastes asiatiques majeurs : Takashi Miike, Fruit Chan et Park Chan-Wook. Cocktail détonnant, résultat explosif. Retour sur le phénomène Three...

RAPPEL DES FAITS

L'an passé, nous avons pu découvrir sur nos écrans français Three : trois histoires de l'au-delà, petit film à sketches, qui regroupait trois moyen-métrages de pays différents : un coréen (Souvenirs), un thaïlandais (La Roue) et un chinois (Chez Nous). Chacun abordait les thèmes de la mort et du contact qu’entretiennent les fantômes avec le monde des vivants, avec des styles et des sensibilités dissemblables. Ce n'était pas de l'opportunisme mais un hommage au Yurei Eiga (histoire de fantômes) qui a connu un bel essor dans les années 50 et qui, depuis peu, est revenu à la mode (cela s'étend des Contes de la lune vague après la pluie à l'inestimable Dark Water). Ce genre implique toujours une histoire de vengeance surnaturelle où un être revient pour hanter ceux qui ont provoqué sa perte. Par exemple, dans Memento Mori, une jeune lycéenne se venge de ses camarades de classe qui l’ont poussée au suicide parce qu’elle était homosexuelle, tout comme dans Le fantôme de Yotsuya de Nobuo Nakagawa où un paysan va être harcelé par les fantômes de sa femme et d’un homme qu’il a tués pensant qu’ils entretenaient tous deux une liaison adultérine.


Trois histoires de l'au delà

Dans Trois histoires de l'au-delà, on se souvient que la diversité des moyen-métrages sélectionnés permettait une plus grande gamme de choix et formait une unité certes inégale mais propre. Le premier Souvenirs, de Kim Jee-Woon (Deux soeurs) démarrait sur le cauchemar d’un homme qui a perdu sa femme et qui, depuis, est assailli d’hallucinations étranges… A la fois lancinante et inquiétante, la première scène de ce segment parvenait à créer une atmosphère impressionnante bien qu’artificielle. L’histoire, oscillant entre rêve et réalité, enchevêtrait les flash-back nébuleux pour brouiller sciemment les pistes et perdre le spectateur dans les méandres d’une intrigue alambiquée et intrigante. Cela serait presque passé pour un coup de maître si Souvenirs ne possédait pas autant de références fantômes qui hantaient la narration de façon un peu ostentatoire (Ring, Carnival of Souls, Blue Velvet...)

La Roue, le second moyen-métrage, était une déception absolue, et ce malgré la présence derrière la caméra l’excellent Nonzee Mimibutr (Nang Nak). Les situations étaient outrées à l’extrême et de surcroît alourdies par une interprétation d’ensemble de piètre facture. Résultat : on avait constamment les deux pieds dans le Grand Guignol. En revanche, Chez nous, le troisième signé Peter Ho-Sun Chan, authentique coup de maître, rehaussait l’ensemble. Cette histoire de policier veuf qui vient s’installer avec son gamin dans un immeuble quasiment vide commençait comme un mélange réjouissant entre Le Locataire (la jeune fille qui observe de la fenêtre de l’immeuble d’en face) et Dark Water (un homme seul avec son fils dans un appartement insalubre). Mais on sentait d'emblée que Ho-Sun Chan n’avait pas envie de passer pour un sous-Polanski ni un sous-Nakata. Son objet était présentement tout le contraire d'un précipité formaliste bourré de références douteuses, une magnifique histoire sur l’amour fou où deux personnages sont condamnés à ne s’aimer que dans une relation métaphysique introduisant des notions comme l’abnégation de soi, la confiance, le respect de l’autre et la fidélité.


Trois Extrêmes : Dumplings

L'idée d'exploiter cette même démarche panasiatique une seconde fois était astucieuse mais risquait de souffrir de la comparaison avec le premier opus. Or, à notre grande surprise, non seulement le niveau de ce Three extremes (baptisé chez nous Freaks - rien à voir avec le chef-d'oeuvre de Tod Browning) est très bon, mais en plus il dépasse nos espérances, proposant trois segments parfaitement maîtrisés et marquants.
Au menu donc, Box de Takashi Miike où une écrivain est torturée par des démons intérieurs ; Dumplings de Fruit Chan dans lequel une femme goûte aux délicieux beignets de la tante Mei ; et surtout Cut de Park Chan-Wook, mise en abyme vertigineuse où un metteur en scène est séquestré par un frustré de la vie. Passage en revue de chacun de ces brillants segments...


Vos réactions


logAudience