La sortie dans les salles du film de Frédéric Schoendoerffer nous rappelle que le cinéma est depuis longtemps fasciné par les truands, les figures de gangsters, tragiques ou parodiques. En perdition ou totalement assumé, d’abord jugé à l’aune de la bonne morale (dans
Sur les quais de Kazan ou dans l’apostrophe virulente et presque militante qui interpelle le spectateur au début du
Scarface de Howard Hawks qui dit en substance, regardez ces pourritures et qu’allez vous faire pour les combattre), le discours s’est assez vite nuancé, notamment par l’intermédiaire de stars comme James Cagney ou Edward G Robinson aux Etats Unis ou dans les dialogues mythiques d’Audiard et de ses
Tontons Flingueurs, jusque dans la composition hallucinante et parodique de Nicholson en Joker dans le
Batman de Tim Burton ou avec les truands improbables de Quentin Tarantino dans
Pulp Fiction.
Le gangster devient au fil du temps et de l’évolution du cinéma un visage familier. On aime à souligner son caractère exceptionnel ou marginal, émancipé des lois communes qui régissent la société, dans une liberté précaire car toujours menacée, poussé à demeurer en cavale pour continuer d’en jouir (notamment dans
Bonnie and Clyde d’Arthur Penn ou
La Ballade sauvage de Terrence Malick).
Le cinéma explore aussi très souvent et magistralement les lois qui régissent le milieu et la morale parallèle propre aux truands (dans
Le Parrain de Coppola et
Les Affranchis de Scorsese, entrés dans la légende ou dans le plus récent et très bon
La Cité de Dieu de Fernando Meirelles). Enfin la figure du truand ou du hors la loi, outrepasse parfois le genre dans lequel on pourrait l’enfermer (dans
King of New York d’Abel Ferrara où il devient une figure torturée et spirituelle ou dans
l’Impasse de Brian de Palma où il devient l’incarnation d’une destinée tragique et fatale).
Du jugement très moraliste et légaliste du
Scarface original jusqu’aux gangsters de cinéma nuancés, complexes et quelquefois à la limite du parodique (dans
History of violence de Cronenberg), c’est l’évolution du cinéma en tant que forme d’art capable de richesses, de complexité, de souffle historique, d’ironie, qui se déroule devant nous, rien qu’à l’évocation des figures de truands emblématiques, des bandits, des gangsters qui se révèlent régulièrement dans la beauté de grands films.
Les truands ont donc une large part dans la fascination de plus en plus profonde qu’a pu exercer le cinéma au fil de son histoire.