A history of violenceDavantage une œuvre consacrée à la confusion d’identité qu’à la « voyoucratie », le film n’en demeure pas moins une, intéressante sur le thème de la figure du truand qui veut échapper à son milieu et aussi de la violence intrinsèque du crime qui vient déranger la vie de tous les jours.
Le truand sert ici la narration et redevient l’archétype en la personne du grand Ed Harris, incarnant à la perfection la figure du gangster tel qu’on l’a toujours fantasmée au cinéma, comme un clin d’œil et un retour aux sources. Il est celui qui va violenter les honnêtes gens et balayer toutes les lois que la société s’est donnée pour baliser ses normes. Tom Stall, le héros du film, est le symbole d’un homme qui a choisi ses normes et qui ne veut pas les franchir. Il va y être poussé par les circonstances et par son passé auquel il voulait échapper.
L’histoire de la violence passe nécessairement par la figure du truand au cinéma. Il est l’incarnation idéale du mal et révélateur des pulsions animales que nous nous employons tous à refouler. Il est cathartique et salutaire car lui échappe à ses lois (et obéit à d’autre plus primaires, ce qui est tout de même un paradoxe). Et le héros de ce film peut servir de conclusion à ce panorama. Car dans l’admirable composition de Viggo Mortensen, on est en face de nos contradictions de spectateurs.
Peu d’entre nous (heureusement !) deviendront abjects et violents, nous ne serons pas des bêtes fauves déchainées. Mais inconsciemment, dans notre fauteuil de cinéma ou dans le secret de nos platines dvd, nous franchissons le pas avec une délectation insoupçonnée et qui fait tant de bien. La figure du truand nous permet d’épancher nos troubles pulsions. Alors nous quittons la salle, nous éjectons le disque avec un sourire satisfait et repus en murmurant « say hello to my little friend ». Puis nous remettons
Scarface dans sa pochette, nous le rangeons sur notre étagère.
Nous avons besoin de ce petit exutoire, de ce petit défouloir. C’est ce que tous les films que j’ai cités et bien d’autres encore permettent. La figure du truand est fondamentale pour les amoureux du cinéma, car elle a évolué en même temps que cet art et permet d’aborder des sujets très variés, de la reconstitution historique (comme le très bon
Romanzo Criminale) à la constitution particulière d’un univers et d’une ambiance (comme le très noir et stylisé
Sin City). Le truand est à la base de bien des styles car il permet toutes les audaces.