Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 11 septembre 2008 à 11h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h08 - 0 commentaire(s)
"L’un des plus grands artistes du vingtième siècle, tous pays et mediums confondus." (British Film Institute)
Pour son dixième anniversaire l'éditeur Carlotta sort un coffret de luxe contenant notamment Voyage à Tokyo du réalisateur japonais Ozu. L'occasion de se pencher à nouveau sur le style de ce cinéaste :

"L’oeuvre d’Ozu est unique et incomparable dans le cinéma japonais, à l’exception peut-être de celle de Kurosawa...En tant que contribution à la culture Japonaise, cette dernière est seulement comparable à celles laissées par les plus grands poètes, peintres ou sculpteurs du passé." (Noël Burch, Historien d’Art, spécialiste du cinéma Japonais)

Yasujirô Ozu est né le 12 décembre 1903 à Tôkyô, ville qui soixante ans plus tard, jour pour jour, le verra mourir. Celui que l’on compte aux côtés de Akira Kurosawa et Kenji Mizoguchi parmi les plus reconnus des cinéastes japonais de tous temps, fut celui aussi qui fut le plus méconnu. Quand Rashômon et avant lui La porte de l’enfer ouvrirent au public cinéphile occidental les portes du cinéma japonais et avec lui, le goût de son exotisme, de son esthétisme et de ses œuvres déconcertantes, Yasujirô Ozu demeurait inconnu en Europe. Quand Les Contes de la lune vague après la pluie en 1953 portèrent aux nues son auteur, que Kurosawa en 1950 pour son adaptation des nouvelles d’Akutagawa glana le premier trophée du cinéma nippon et ouvrit son compteur de récompenses internationales, Yasujirô Ozu restait cantonné à l’archipel et à une reconnaissance exclusivement nationale.


Sa compagnie de production et de diffusion, la Shochikû, à laquelle il restera attaché presque toute sa carrière durant, le jugeait par trop japonais. Trop japonais, c’était ainsi que les siens le percevaient pour intéresser le marché international, supposé plus réceptif aux canons de l’exotisme orthodoxe de ses contemporains exaltés où les mots poésie, beauté, violence et cruauté s’accolaient davantage à leurs films qu’à ceux d’Ozu, pour reprendre Max Tessier, dans l’ouvrage qu’il lui consacre en 1971. Peut-être l’erreur de ne reconnaître que trop tardivement cette oeuvre et en même temps le choc si flagrant qu’elle causera, sont ils liés au fait qu’Ozu jamais ne signa à l’exception de son premier film inabouti, de film historique et choisisse de seulement traiter de la vie quotidienne de ses contemporains sans être le type même du « cinéaste à problèmes ».

Yasujirô Ozu va effectivement connaître une audience et une reconnaissance plus que tardives en Occident, et plus encore en France où il faudra en effet attendre 1978 pour découvrir Voyage à Tôkyô en salles. Mais tout de suite, là où les Etats-Unis furent conquis, à l’instar des spécialistes de l’histoire du cinéma Japonais que sont Donald Richie, Daniel Burch, la France cinéphile va bientôt succomber à l’œuvre du maître malgré l’inaccessibilité de ses œuvres passées et le manque cruel d’informations le concernant.


« Ozu n’est pas un contempteur de la société qu’il décrit mais plutôt son contemplateur apparemment résigné. » (Max Tessier dans Yasujirô Ozu)

Présenté de manière faussement pratique en rapport à ses deux illustres contemporains et compatriotes, Yasujirô Ozu est vu comme le cinéaste de la famille quand on fait de Akira Kurosawa le cinéaste de l’homme et Kenji Mizoguchi celui de la femme.

« Les films d'Ozu parlent du long déclin de la famille japonaise, et par-là même, du déclin d'une identité nationale […] Pour moi le cinéma ne fut jamais auparavant et plus jamais depuis si proche de sa propre essence, de sa beauté ultime et de sa détermination même : de donner une image utile et vraie du XXème siècle. » (Wim Wenders dans Tokyo-Ga)


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