Zodiac est sorti aux Etats-Unis ce week end et mis à part la lecture attentive des chiffres enregistrés par le dernier Fincher au box office US, cette annonce titille surout plus encore notre curiosité de cinéphiles. Tout le monde à la rédaction attend bien sûr avec impatience ce thriller, alors qu'aucune projection n'a encore eu lieu pour la presse française. La tension est donc insoutenable et pour tenter de décompresser et de patienter un peu, les rédacteurs vous confient leurs petites préférences dans le cinéma de David Fincher...

ROMAIN LE VERNTop David Fincher1.
Se7en 2. Fight Club
3. The Game
4. Alien3
5. Panic Room
Personnage de l’univers Fincher favori : Marla Singer… et, peut-être, en seconde option, Brad Pitt. Ce n’est pas nouveau, David Fincher a toujours aimé explorer les fondements du film noir, creuser dans les abîmes humains et sonder la bestialité enfouie en chacun de nous. Si dans
Fight Club, Tyler Durden se révèle fascinant à des degrés extrêmes, c’est pourtant Marla Singer, personnage jamais anecdotique puisque toujours lié à des révélations brutales et inattendues, incarnée par Helena Bonham Carter (son meilleur rôle), qui intrigue par sa simple présence et imprime les bobines malades de ce chef-d’œuvre pathologique où plane l’ombre de Tsukamoto (revoir
Tokyo Fist). A sa sortie, il a été stupidement taxé de tous les anathèmes fascisants alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins qu’une blague ironique qui fait mimine de critiquer la société de consommation tout en reprenant les codes esthétiques de la publicité et raconte une histoire nihiliste de schizophrénie maladive et de lieux clos où s’exprime la souffrance nue ou artificielle, qui emmène droit au chaos. La fin d’un monde cynique selon Fincher. Images inoubliables : Marla qui fume une cigarette avant d’exhaler la fumée les lunettes noires masquant son regard énigmatique de femme fatale, Marla qui fait l’amour au ralenti, Marla qui s’engueule avec son mec dans une cuisine, Marla qui fixe comme une poupée rangée dans son paquet l'écroulement d'un monde dépourvu d'humanité devant elle. Bref, l'incarnation de toutes les femmes de l'univers Fincher : manipulatrice (Deborah Kara Unger dans
The Game), retorse (Jodie Foster dans
Panic Room), maternelle (Sigourney Weaver dans
Alien 3) et en même temps victime de sa fragilité (Gwyneth Paltrow dans
Se7en). Après mure réflexion, osons : et si finalement Brad Pitt qui n’a jamais aussi brillant que sous l’égide du père Fincher était le vrai héros des univers déliquescents du cinéaste ? Hantant ses deux opus majeurs, l’acteur métamorphosé incarnait dans le terrassant
Se7en le flic qui tentait vaille que vaille de traquer un tueur en série implacable sous une pluie diluvienne et devenait inconsciemment l’objet d’une manipulation inoubliable. Mieux, dans
Fight Club, il se rase le crâne, apparaît en image subliminale tel le diable, imite Malcolm McDowell dans
Orange Mécanique, détruit la pellicule, enchaîne des soliloques inoubliables et demande poliment s’il doit montrer son cul ou sa bite pour se lever de son siège en avion. Bref, Brad Pitt n'est plus acteur, il s'est mué en personnage convulsif à part entière en dynamitant son image publique policée et n’a jamais retrouvé une telle forme ailleurs, même chez son nouveau pote Soderbergh.

constituent des expériences uniques dans une vie de cinéphile et qu’à vue de nez,
a toutes les chances pour compléter ce duo. Parce qu’après l’exercice de style mineur mais très agréable de
, manufacturé avec virtuosité pour rassurer les studios après les connotations pernicieuses subodorées dans l’immense
, David Fincher devrait revenir à son registre de prédilection: une enquête policière sombre et tordue, mâtinée de quête identitaire dans le tumulte urbain, et ainsi dynamiter les us et coutumes d’un genre voué corps et âme au classicisme pour plonger le spectateur dans une atmosphère oppressante, délétère, sang-pour-sang noire, paranoïaque dont il pourrait fort ressortir groggy. Si Brad Pitt est absent, guettons avec attention Jake Gyllenhaal qui a bien mûri depuis la révélation
et surtout Robert Downey Jr. qui demeure l’un des acteurs américains les plus sous-estimés de sa génération. Leur passage sous le rouleau compresseur du réalisateur (se souvenir des miracles avec Brad Pitt) devrait leur faire le plus grand bien. D’accord, ne vendons pas la peau de l’ours avant de l’avoir tuée. Mais, en toute logique, Fincher a toutes les clefs en main pour réaliser un nouveau chef-d’œuvre dont on ne devrait épuiser toutes les beautés qu’après de multiples visionnages.