Nosferatu, de Friedrich H. Murnau (1922)
Film muet allemand de 1922, Nosferatu est le premier grand film de vampire jamais réalisé, ainsi que l'un des très grands chefs-d'œuvre du Septième Art.

Le film suit assez fidèlement la trame du livre de Bram Stocker, bien que, entre autres, les noms des personnages aient dû être modifiés (le Comte Dracula devient le Comte Orlok). Mais la différence majeure entre le roman et le film tient principalement au visage du vampire. Dans le livre de Bram Stocker, Dracula est un être assez raffiné, bien que très mystérieux et comme venu d'un autre temps. Il a un certain côté attirant. Le Comte Orlok, interprété par Max Schreck, est une figure horrifique : crâne chauve et déformé, nez crochu, yeux exorbités, mains décharnées semblables à des griffes... Il est réellement une pure représentation de la peur. Il vit dans un château en ruines, dans un pays où la nature inquiétante est comme une menace constante. Il est un cauchemar, au sens propre et figuré : il apparait dans les mauvais rêves d'Ellen (qui correspond à la « Mina » de Dracula), et représente ce que tout le monde craint. La population explique ainsi la présence du vampire par une épidémie de peste, une des maladies parmi les plus mortelles et redoutées...
Premier grand film sur un vampire, Nosferatu a eu une influence certaine sur les œuvres cinématographiques qui ont été réalisées postérieurement. Par exemple, le Comte Orlok meurt lorsqu'il se retrouve exposé à la lumière du jour (un cauchemar ne peut survivre au soleil), tandis que, dans le livre de Bram Stoker, Dracula n'est pas particulièrement sensible à cette lumière. Or, au cinéma, la lumière ne laissera plus jamais aucun vampire indifférent...

Dracula, de Tod Browning (1931)
Ce film est extrêmement important car il va donner au vampire un visage « humain ». Le Dracula de Tod Browning (un des grands maîtres du cinéma d'horreur des années 30) est une adaptation de la pièce de théâtre Dracula, qui est elle-même une adaptation du roman éponyme de Bram Stoker. L'acteur qui interprète le vampire dans le film lui a par ailleurs déjà prêté son visage au théâtre... Il s'agit de Bela Lugosi. Et son interprétation de Dracula aura une influence majeure sur la représentation du vampire au cinéma.
La vision de Dracula que fait ressortir la performance de Bela Lugosi est assez complexe. Le vampire est une figure double : extérieurement, il affiche un air assez séducteur, charmeur, élégant, troublant. Rien à voir avec le physique plus qu'ingrat de Nosferatu. Mais, intérieurement, il est un monstre froid, sans émotion, avide de sang. Une machine à tuer qui ne fait preuve d'aucun sentiment.

Ce film sera un véritable succès, et imposera les nouveaux codes du vampirisme au cinéma. C'est grâce à ce Dracula que le vampire va pouvoir s'imposer comme un être tentateur et séduisant, mais toujours aussi mortel... D'ailleurs, en 1934, les lois sur la censure au USA se renforcent, réduisant ainsi au silence les gémissements des pauvres victimes du Comte. Le vampire, un être scandaleux ?
Bela Lugosi interprétera le Comte Dracula une deuxième et dernière fois pour Deux nigauds contre Frankenstein, en 1948. L'acteur ne pourra toutefois jamais se défaire de son rôle, allant, parait-il, jusqu'à recevoir les journalistes dans... un cercueil. Il faudra attendre 1958 pour qu'un acteur reprenne avec grand succès le visage de Dracula...


