Par Nicolas Houguet - publié le 28 juillet 2008 à 11h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h44 - 0 commentaire(s)
KINGDOM OF HEAVEN : GRANDE CLASSE
Il faut bien avouer une certaine incrédulité lorsque l'on s'aperçoit qu'Edward Norton figure dans la distribution du très beau film de croisades de Ridley Scott. La marque du comédien est de se fondre totalement dans la peau d'un personnage. Cela n'a jamais été aussi vrai qu'ici, puisqu'il incarne le roi lépreux de Jerusalem, caché sous un masque. Il est Baudouin IV, dernier espoir de coexistence avec Saladin, et dernier représentant d'un idéal oecuménique où les religions pourraient se côtoyer pacifiquement. Il porte donc le message profond, politique et spirituel du film. La trêve qu'il a conclu est fragile, son espoir de paix compromis . Il est proche de la mort. Sa soeur (Eva Green) est menacée, il jette ses dernière forces pour protéger son royaume et sa famille des luttes de pouvoirs qui vont causer sa perte. Le rôle est ambitieux, délicat puisqu'il faut jouer avec un masque, uniquement avec la voix et la gestuelle pour suggérer la faiblesse, la sensibilité et l'intelligence du roi. Norton est évidemment à la hauteur.





DOWN IN THE VALLEY : ASSEZ CLASSE ET DEROUTANT
Le rôle de Norton est ici plus que trouble, et très controversé. Il incarne d'abord un cow-boy insaisissable qui vit une étrange histoire d'amour avec une adolescente. On se dit qu'on est devant un simple d'esprit un peu inconscient, très naïf, et innocent. La liaison plonge d'emblée dans le malaise. Mais pendant longtemps c'est au second plan. On est maintenus dans le doute. Le dénommé Harlan -dont on ne sait pas s'il est inoffensif ou détraqué-, révèle très tard sa nature mythomane, sociopathe, déviante et totalement manipulatrice. David Morse, le père de la jeune fille et de son frère, était déjà suspicieux. Norton laisse finalement éclater sa nature psychotique dans une scène de monologue face à un miroir (comment ne pas songer à Taxi Driver ?), et dans une confrontation avec sa jeune maitresse qui finit par un coup de feu. Il prend la fuite en emportant avec lui le frère de son aimée, qu'il a embobiné pour qu'il l'accompagne. On voit qu'il craint la solitude, qu'il se sent totalement exclu (les gens lui semblent à peine humains), et qu'il a besoin de la nature impressionnable d'êtres encore à peine sortis de l'enfance pour être aimé ou admiré. Le personnage est finalement terrifiant et fonde le suspense du récit. L'originalité du film et le grand talent de l'acteur font qu'on peine d'abord à le cerner. Il avance masqué, comme un pauvre type pathétique. Puis on prend conscience de sa vraie nature. Encore une fois le comédien impressionne en passant d'un extrême à l'autre, changeant par petites touches la nature de son rôle, d'une manière extrêmement raffinée.

L'ILLUSIONISTE : CLASSE
Investi comme toujours dans ses rôles, Norton est de nouveau ici troublant d'authenticité. Il incarne un magicien de génie, Eidenheim, inspiré de Houdini, dans la Vienne du début du XXème siècle. L'ambiance est très réussie, rappelant la noirceur tourmentée de l'univers d'Edgar Allan Poe (le film est adapté d'une nouvelle de Steven Milhauser, lauréat du prix Pulitzer). Le magicien y défie le prince héritier de l'empire pour l'amour de la promise de ce dernier, jouée par Jessica Biel. Il a connu cette noble beauté dans son enfance et l'aime depuis lors. Il fera tout pour l'arracher aux griffes de l'inquiétant prince Leopold. L'histoire d'amour est fort belle. La machination que s'enclenche fonctionne à merveille, le casting est de premier ordre (avec le toujours excellent Paul Giamatti dans le rôle de l'inspecteur aux trousses de l'illusionniste). On peut voir une analogie entre la méticulosité qu'Eidenheim met à faire ses tours et le perfectionnisme d'Edward Norton, ici tourmenté, mélancolique et mystérieux. Le film a une réelle identité, ses protagonistes une réelle profondeur. Il est prenant et envoûtant.

LE VOILE DES ILLUSIONS : UN PEU CLASSE
L'histoire est romanesque au possible, une jeune femme est mariée de force à un homme qu'elle n'aime pas. Il l'entraine à Shanghai. Elle s'ennuie et ne parvient pas à communiquer avec son époux. Elle le trompe avec un homme qui l'amuse et dont elle tombe éperdument amoureuse. L'adultère est découvert. Le mari trompé l'entraine avec lui dans une zone hostile, infestée par le choléra. Le film tient sur son couple principal, formé par deux des meilleurs acteurs de leur génération : Naomi Watts et Edward Norton. Il y trouve un rôle à contre-emploi d'homme glaçant et austère que peu à peu elle découvre et finit par admirer. Il est un homme bien, qui se bat pour aider les populations défavorisées. Sa rigueur est en fait celle d'un homme préoccupé, tout entier dévoué à sa mission, peu fait pour les frivolités. Norton fait passer la profondeur psychologique de son personnage tout en nuance et en suggestion. Il se laisse découvrir par le regard sensible de Naomi Watts. Ils confèrent à cette histoire académique une belle richesse.. Ils ont une justesse admirable et une subtilité rare qui fait que l'on s'attache fort à eux, et à leurs sentiments qui évoluent sans cesse. Ce récit conventionnel s'enrichit de leur belle sensibilité. Une grande leçon de jeu dans un mélodrame de facture classique qui vaut grâce à eux un petit détour. En tant que producteur, Norton tenait absolument à donner la réplique à Watts, il a attendu que cela se concrétise pendant plusieurs années. Grand bien lui en a pris, le couple qu'ils forment est magnifique.


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