En effet, l’ensemble des derniers films d’
Edward Zwick et l’on pourrait y ajouter Légendes d’automne ou les deux thrillers
A l'épreuve du feu et
Couvre-Feu, offre à ses personnages, une évolution humaniste et des leçons de vie qui rappellent le cinéma d’apprentissage et ouvrent des perspectives psychologiques et compassionnelles inattendues. En effet, le sacrifice est la source de nombre de ses films, pour soi et les autres (
Blood Diamond), pour Dieu (
Les Lions d’Al-Rassan, Glory), pour la cause ou le groupe (
Le Dernier Samouraï,
Les Insurgés). De même, la compréhension des motivations et de la culture d’autrui, la remise en question de ses propres valeurs et la tolérance qui en découle, s’affirment avec une facilité évidente mais sans s’afficher. Ainsi, dans le rapport à autrui, le personnage se repense et se redéfinit à l’aune d’un contexte défavorable mais moteur.
De fait, si la méthode s’avère être une des modalités habituelles du cinéma hollywoodien et l’une de ses recettes, on ne peut pas nier que la récurrence chez
Edward Zwick laisse songer à une ambition discrète mais réaffirmée de manière sous-jacente. Tout cela pour dire, qu’en pratiquant de la sorte, notre cinéaste ne peut cacher la portée sociale de ses propos et son rapport affiché avec le politique.
Pourquoi ? Parce qu’il traite tout d’abord du rapport aux autres et à l’ensemble du corps, ce qui s’avère être la définition même de la politique, à savoir la gestion de la Cité dans son sens étymologique. Mais plus sûrement encore et parce qu’il utilise les caractérisations stéréotypiques pour ces personnages, il ne suit pas le chemin des productions américaines formatées et librement bien pensantes. Au contraire, il se ménage une brèche qu’il creuse et élargit sans cesse dans l’arrière plan de ses films et qui déploie dans les univers qu’il traite, un regard moins manichéen et plus subtil qu’il n’y parait. Ainsi, vivement politique lorsqu’il traite des enfants soldats, du trafic de diamants et de ses conséquences pour celui des armes, il l’est tout autant lorsqu’il traite des minorités aux Etats-Unis, du rapport à l’étranger ou de la nécessité de s’opposer par la violence même s’il faut braver ses valeurs et son Dieu.

En somme, insidieusement politique et plus impliqué que nombre des ses compères et camarades,
Edward Zwick déploie un cinéma grand public qui embrasse des idées et des intentions bien plus élaborées qu’il n’y paraît. S’inscrivant dans la continuité d’un
Steven Spielberg et ouvrant des espaces à des cinéastes comme Fernando Mereilles, celui a qui l’on doit le très appréciable film qu’est
Les Insurgés, mérite qu’on s’arrête sur sa filmographie et qu’on la considère non plus à l’aune de ses entrées ou de ses gains mais plus sûrement au regard de ce qu’il nous dit.