Jeune réalisatrice argentine, Lucia Puenzo a commencé sa carrière en tant qu’écrivain avant de se lancer dans la réalisation en 2004 avec un court-métrage,
Los invisibiles. En 2007, elle signe son premier long-métrage remarqué lors de la Semaine de la Critique à Cannes,
XXY, film également récompensé d’un Goya du meilleur film étranger.
El nino pez est son second film qui a fait les honneurs du dernier Festival de Berlin. Elle revient avec nous sur ce nouveau projet très personnel, adaptation de son propre roman écrit il y a plus de dix ans. L’entretien qui suit révèle certaines scènes importantes du film.
Vous aviez déjà travaillé avec Inès Efron sur votre premier long-métrage, XXY, elle fait encore dans votre nouveau film, El nino pez, une performance remarquable…Oui. Au départ je cherchais quelqu’un d’autre puis après sept mois de casting j’avais demandé à Inès de me donner un coup de main, j’avais déjà trouvé l’actrice pour l’autre rôle mais je n’arrivais pas à trouver celle qui devait incarner Lala. Donc j’ai demandé à Emme de faire un test avec Inès Efron, pour voir ce que cela donnait et puis Inès m’a persuadée qu’elle était l’actrice qu’il me fallait de nouveau. Inès était tout simplement le personnage.
L’actrice qui incarne Guayi, Emme, n’est pas une actrice par ailleurs ?Non c’est une chanteuse, une rock star en Argentine. Elle n’avait jamais rien fait dans le cinéma auparavant. A cause de son agenda très chargé elle n’a pas pu voir le film terminé tout de suite, elle ne l’a vu qu’à Berlin lors de la projection du festival. Elle l’a vu au milieu de 1500 personnes. Elle en est restée sans voix et était très émue. Elle est très talentueuse.
est un film davantage construit, pensé, il a quelque chose de plus mature par rapport à XXY, non ?Oui, l’élément le plus difficile dans
El nino pez fut la structure narrative du film, qui n’est pas chronologique. C’était à la fois une difficulté au niveau de l’écriture, du tournage mais surtout du montage. C’était comme réécrire le film tout entier, j’ai dû repenser mes idées premières.
Vous avez en effet choisi dans ce film d’éclater la structure narrative, pour quelle raison ?Dans le roman d’origine, la structure est linéaire. Dans le livre c’est complètement différent car le narrateur est le chien de l’héroïne, il y a beaucoup plus d’humour car ce chien est une sorte de chien des rues. Il parle une sorte d’argot des rues ou encore un argot des prisons. De plus il éprouve une sorte de sentiment amoureux envers sa propriétaire, allant parfois jusqu’à l’excitation proprement dite. Pour le film j’ai totalement changé le ton du récit et le point de vue, même si les péripéties sont identiques. Mais le film offre un regard différent sur l’histoire, un regard beaucoup plus tragique. C’est fou combien le fait de changer le point de vue change complètement les perspectives d’une histoire. C’est ce changement de point qui m’a conduite à changer la structure de l’histoire car en prenant le personnage de Lala comme narratrice, il fallait prendre en compte sa perception confuse des choses. Et donc exploser le récit me semblait une bonne solution pour incarner la perte des repères que subit Lala. Ce choix se place donc plutôt au niveau irrationnel du personnage, plutôt qu’une construction plus censée. Bien sûr au fur et à mesure du film le spectateur remet les pièces du puzzle dans l’ordre, afin de comprendre le contexte et le ressenti dans lesquels Lala vit.