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Elia Kazan : Une vie Tourmentée [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 05 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 05 octobre 2009 à 15h53 - 0 commentaire(s)
Né dans l'actuelle Istanbul en 1909 et d'origine grecque, rien ne prédisposait Elia Kazan à devenir l'un des plus grands cinéastes américains. Malgré l'ombre que jette sur sa vie son témoignage devant la commission McCarthy, trahison qu'on ne lui pardonna jamais tout à fait (on se souvient de la gêne d'une partie du public lorsqu'il reçut son oscar d'honneur en 1999), il a constitué une oeuvre fondamentale. Il est l'une des principales influences de gens comme Scorsese ou Coppola. Il a révélé Marlon Brando et James Dean, retranscrit la fièvre de Tennessee Williams sur grand écran et a mis en scène des oeuvres plus intimes, traitant de ses origines, de se convictions, tentant également de se justifier. Kazan est un créateur fascinant et complexe qu'il est indispensable de connaître pour tous les amoureux du cinéma américain, notamment grâce à la reprise en salles de A l'Est d'Eden le 20 aout 2008.


Si Kazan a laissé une si grande empreinte c'est d'abord par sa manière d'appréhender l'art des acteurs. Il a commencé par en être un lui-même. Dans les années 30, il s'est joint à un groupe qui étudiait avec passion les enseignements de Constantin Stanislavski, professeur russe à l'origine de la méthode popularisée par l'actor's studio (il en est l'une des figures tutélaires avec Lee Strasberg). Il s'y consacre dès l'université, malgré la réticence de son père, intégrant le « group theater » et mettant en scène sa première pièce dès 1934. Ses convictions le conduisent à cette époque à devenir membre du Parti communiste dont il serait exclu deux ans plus tard. Il intègre la psychanalyse au jeu des comédiens, poussant ses interprètes à puiser dans leur expérience pour raconter une histoire de la manière la plus réaliste possible. Il révolutionne ainsi littéralement la mise en scène théâtrale.

Dès les années 40, il connait le succès sur Broadway, après avoir totalement abandonné ses velléités de comédien pour se consacrer à la mise en scène. L'énergie qu'il insuffle aux pièces est alors inédite. Il est le premier à rendre justice à des oeuvres de référence telles que celles de Tennessee Williams, avec Un Tramway nommé désir, qui révélait au monde l'un des plus grands acteurs du vingtième siècle, le jeune et volcanique Marlon Brando, dont l'interprétation brutale, animale et sensuelle de Stanley Kowalski constitue une véritable date. Kazan a su dompter l'énergie brute du jeune homme, gagnant son respect comme une figure paternelle de substitution,. Il fut l'un de ceux qui l'appelaient affectueusement « Bud ». Brando garderait son estime pour « gadge » (diminutif de Gadget, clin d'oeil à la formidable débrouillardise du metteur en scène), mais leur amitié ne survivrait pas au fameux témoignage de Kazan devant la commission sur les activités anti-américaines. Il a également à cette époque une grande complicité avec Arthur Miller dont il adapte sur scène Mort d'un commis voyageur. Il perdra également cette amitié pour les mêmes raisons. Il explore la complexité des rapports humains, pénètre dans le secret de leur intimité et de leurs névroses, dans les secrets et les non-dits, les rivalités sous-jacentes, les rancoeurs qui rongent les familles. Que ça soit Blanche et Stella Dubois contre le rustre Kowalski, ou encore les illusions d'un père au bout du rouleau sur la grandeur de ses fils, Kazan s'impose comme un grand explorateur des tourments de l'âme humaine et il en a livré au théâtre et au cinéma des portraits intenses et définitifs.


Après avoir connu un si grand succès sur les planches, le cinéma ne fut pas long à requérir son talent. Ses premiers travaux ne sont pourtant pas des plus concluants. Il est sous contrat et exécute des commandes. Même si son premier film le Lys de Brooklyn explore déjà un thème fort dans son oeuvre, celui de l'immigration (qui trouvera son aboutissement dans America, America). C'est véritablement lorsqu'il adapte Un Tramway nommé désir au cinéma qu'il entre dans l'Histoire après s'être fait remarquer grâce à Panique dans la rue en 1950. Il impose Brando comme une icône intemporelle, légendaire, lui opposant la fragile Vivien Leigh, proche de manière troublante de l'instabilité psychologique de Blanche Dubois. Les coeurs sont mis à nu, les sentiments à vif, la mise en scène est directe, naturaliste. Le film date de 1951 et n'a rien perdu de sa force trouble. En 1952, il retrouvait son interprète dans Viva Zapata!, évocation très engagée et très à gauche, de la vie du révolutionnaire mexicain, avec le soupçon de vulnérabilité et de sentimentalité qui rendent l'alliance de Brando et Kazan magique, même dans des contextes assez durs.

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