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Emily Watson : Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Par Nicolas HOUGUET - publié le 15 décembre 2009 à 14h45
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Certains acteurs ont été immortalisés par un rôle, inoubliable et troublant. Ainsi, Lars Von Trier offre à Emily Watson un personnage unique dans Breaking the Waves. La composition est marquante et l'émotion forte. Il aurait pu être délicat pour elle de s'en dissocier. Mais cette grande comédienne a imposé sa frimousse avec un éclectisme admirable : mère de famille émouvante dans Les Cendres d'Angela d'Alan Parker ou amoureuse d'un Adam Sandler à l'instabilité violente dans Punch Drunk Love. La jolie Emily a alterné les univers avec une aisance rare, jusqu'à aborder le western avec The Proposition de John Hillcoat (sortie le 16 décembre).
 
Emily naît à Londres en janvier 1967.  Après des études de littérature et quelques temps de galère, elle est admise à la British Shakespeare School of Acting. Elle s'inscrit dès lors dans la grande tradition théâtrale des acteurs britanniques. Elle se fait d'abord une réputation sur les planches où Lars Von Trier la remarque. Il lui propose le rôle principal de Breaking the Waves en 1996, pour lequel il avait d'abord envisagé Helena Bonham Carter. Ce sera le rôle de la révélation.

 

Breaking the Waves, Lars Von Trier
 
Comme souvent chez le cinéaste, cette femme est une innocente victime, prise dans des circonstances absolument abjectes (comme Bjork dans Dancer in the Dark ou Nicole Kidman dans Dogville). L'actrice portraiture une femme touchante, attendrissante et un peu simple d'esprit qui tombe éperdument amoureuse d'un homme. Mais cette relation ressemblera bientôt à une descente aux enfers. L'homme de sa vie devient sadique à la suite d'un accident qui le laisse paralysé. Il exige d'elle qu'elle couche avec des inconnus, qu'elle exécute chacune de ses lubies de plus en plus cruelles. Elle s'exécute de manière inconditionnelle, voulant lui prouver son amour et sa dévotion, jusqu'à se perdre. Le rôle est incroyablement dur : cette martyre absolue expie une faute qu'elle n'a pas commise. Ce personnage aurait pu facilement être une victime pathétique sous l'impitoyable regard du cinéaste. Emily Watson lui confère toute sa chaleur et sa tendresse. La candeur qu'elle suggère en permanence vient contrecarrer les situations sordides qu'elle traverse. Un grand moment de raffinement et de douceur dans un monde en déliquescence, un crescendo de démence noire et sans retour. Breaking the Waves récolte toutes les louanges et vaut bien des récompenses à son interprète principale.
 
Elle est ensuite mariée à Christian Bale dans Metroland, où ce dernier voit son existence bouleversée par le retour d'un ami d'enfance. Il se souvient alors de sa folle jeunesse faite de rêves artistiques et de vie de bohème. Elle partage à l'écran la vie d'un autre grand acteur, Daniel Day Lewis dans The Boxer de Jim Sheridan en 1998. Il incarne un homme qui aurait pu être champion de boxe s'il n'avait pas été lié à l'IRA et emprisonné pendant des années. Elle est sa fiancée qui a partagé ses espoirs et sa disgrâce. A sa sortie de prison, il retrouve son ancienne vie et ses vieux démons. Elle est son amour passionné et impossible, sa rédemption et l'incarnation du passé qu'il a perdu.

 

Breaking the Waves, Lars Von Trier
 
Etonnante d'implication, Emily apprend à jouer du violoncelle pour les besoins de Hilary and Jackie d'Anand Tucker. Elle assume le rôle de Jacqueline Du pré, une musicienne virtuose ayant réellement existé et y donne la réplique à l'excellente Rachel Griffiths, qui campe sa soeur. On y détaille le lien fort qui les unit, leurs destins parallèles et tout ce qu'elles sont prêtes à faire l'une pour l'autre. Emily Watson ne fait pas dans l'évidence. Le cadre très classique qui entoure Les Cendres d'Angela d'Alan Parker, n'aurait pu évoquer qu'une réalité démunie à la Dickens ou à la Zola. Elle lui confère une humanité chaleureuse. Cette mère se battant contre la misère, devient attendrissante et attachante, formant un couple charismatique avec Robert Carlyle. La comédienne a cette faculté à communiquer une candeur particulière, une innocence exceptionnelle et lumineuse. Ainsi Jean-Pierre Jeunet a d'abord écrit pour elle le personnage du Fabuleux destin d'Amélie Poulain.
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