Assistant réalisateur pour
Jean-Luc Godard (
Nouvelle vague), Krzysztof Kieslowski (Trois couleurs) ou encore Bertrand Tavernier (L'appât), Emmanuel Finkiel devient très vite scénariste (
57 000 km entre vous) et réalisateur (
Madame Jacques sur la croisette, Voyages,
Dimanche,
Casting). Il fait même l'acteur à ses heures perdues (De battre, mon coeur s'est arrêté).
Nulle part, terre promise est son secod long-métrage et le cinéaste revient avec nous sur la genèse de ce projet ainsi que sa perception très engagée d'un cinéma qui désire plus que tout quitter le giron d'un système phagocyté par les lourdeurs des conventions. Une vision personnelle très fraîche et très originale d'un cinéma qui redécouvre ses possibilités narratives et esthétiques sans pour autant verser dans la radicalité d'une dimension purement expérimentale.
Votre film témoigne d’une véritable mise en scène, d’une réflexion profonde sur la place de chaque personnage… C’est vrai, aujourd’hui le cinéma s’attarde sur le commentaire, les thématiques, les choses superficielles souvent. Je n’ai pas fait beaucoup de film mais pour mon précédent long-métrage, Voyages, que j’ai réalisé il y a déjà dix ans, ce qui m’a surpris c’est que l’on ne me parlait que du thème, du dossier de la Shoah mais jamais de mon film. Je ne distingue pas le fond de la forme, comme le corps et l’esprit sont inséparables, mais l’on ne me parlait jamais de mon film en tant que tel, on le ramenait toujours à sa thématique et rien d’autre. Dans une certaine écriture, pas toutes, c’est vraiment par la forme que le fond existe. Même plus que ça, le fond est dans la forme si je puis dire. Là ce voyage en Europe n’aurait pas vraiment de sens sous cette forme là, celle de la composition en puzzle, si l’Europe n’était pas captée avec une certaine rigueur, rigueur de composition de cadre, etc. Par un certain point de vue tranché, nous voyons à travers les yeux de quelqu’un.
C’est un regard…Oui c’est un regard. Après lorsque vous êtes dans une écriture qui place l’histoire au centre ou bien sur les dialogues, au fond que vous fassiez un champ-contrechamp ou un plan unique n’a plus beaucoup d’importance.
Comment l’aventure du film a-t-elle commencé ?Presque fortuitement. L’on m’a proposé de participer à un film omnibus qui se voulait européen, réalisé par cinq réalisateurs européens, où chacun devait faire un court-métrage de quinze à vingt minutes. Donc à partir de là, en 2005, j’avais écrit cette histoire de père et de fils clandestins qui voyageaient, qui traversaient l’Europe dans une caverne de Platon en quelque sorte, à travers une boîte fermée. Puis je me suis vite dit que ce serait intéressant de le mettre en perspective avec d’autres trajets qui au demeurant n’avaient rien à voir avec celui-ci. Mais ces trajets se répondraient tout de même à une certaine ironie, une ironie capitaliste peut-être, les clandestins essayant de traverser vers l’Ouest et les machines se barrant dans l’autre sens. Il est plus facile de véhiculer des machines que des gens par ailleurs. Un bakchich à la frontière suffit. Il y avait donc l’idée de suivre des personnages en épousant le plus possible leur subjectivité, on ne voit que ce qu’ils voient, l’on entend que ce qu’ils entendent. Et en tressant leur parcours, en apposant ces images contrastées au montage, et bien se dessinent au-dessus de leurs libertés individuelles une structure qui les déterminent, quand bien même chacun a ses propres raisons de vouloir traverser l’Europe. Et ces personnages se retrouvent englués dans ces structures, dont ils ne sont pas responsables et qui les dépassent, au point qu’ils se confrontent à une certaine solitude. C’était ça l’idée du film.