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Emmanuel Finkiel : Interview Part.1 (nulle Part, Terre Promise) [page 3]

Par David A. - publié le 16 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 16 octobre 2009 à 12h19 - 0 commentaire(s)
Le traitement des trajets est très intéressant, pour le père et le fils on a des repères géographiques, pour l’étudiante c’est beaucoup plus difficile, elle change d’endroit sans crier gare, sans transition parfois. C’était une volonté de votre part ?
Non. Pour elle le film commence à Berlin mais pour le père et le fils on ne sait pas où le trajet commence, bien que l’on sache là où ils vont, ils vont vers l’ouest, vers l’Angleterre. Ils suivent les lignes à haute tension ! (rires). On a quelques repères de lieux, mais c’est vraiment fortuit. Pour l’étudiante c’est différent, l’Europe est comme un vaste centre commercial pour elle. Pas au sens pécuniaire mais au sens des opportunités. Quand vous pouvez voyager sans contrainte aucune, à un moment vous ne savez même plus où vous êtes. En même temps si vous êtes attentifs aux langages des gens qu’elle croise, vous pouvez la replacer sur une carte même si le cadre physique en lui-même dit très peu de choses. A un moment on sait que l’on va vers la Hongrie mais le cadre demande si c’est un roumain qui conduit. Les repères sont volontairement flous. C’est une Europe mentale que l’étudiante et le cadre traversent. Les lieux se dessinent en creux derrière chaque personnage. Ce n’est pas très éloigné des personnages de mon précédent film, Voyages, des personnes qui voyageaient à travers une Pologne fantasmée, une Pologne ressentie. Lorsque la vieille dame à la fin décide d’aller en Israël, elle se trouve plutôt dans un non-lieu qu’un lieu. Les Juifs ne devraient plus courir après la terre promise puisque dorénavant elle existe, il y a un pays pour les Juifs maintenant qui se trouve être sur les terres historiques de ce qui était donné comme la terre promise. Visiblement il semblerait que ce ne soit pas tout à fait le cas.



Ce n’est pas l’Eden…
C’est vrai que ce n’est pas l’Eden. Dans la Bible, l’Eden c’est le lieu même d’où l’homme a été chassé. C’est vrai que dès lors l’homme a eu accès aux connaissances, l’homme a déjà perdu la terre promise.

En tant que cinéaste, qu’est-ce que ce voyage a représenté ? En termes de tournage, de déplacements…
On a tourné avec une HD-cam qui permet de filmer avec une grande précision, suffisamment correcte pour l’écriture de la fiction. Et qui vous permet surtout de tourner sur le vif, sans une préparation fastidieuse, de tourner sans une équipe lourde et de façon discrète sans avoir besoin de privatiser le lieu en lui-même. Dans le cinéma français classique, où il n’y a pas beaucoup d’argent, l’on vous bloque pourtant les rues à grands frais sans compter les rues annexes pour tous les camions d’équipements. Là c’était tout le contraire. Nous n’étions pas là pour suivre ce qui était écrit dans le scénario, il y a avait très peu de choses de marquées. Donc nous étions là pour capter les lignes de fuite qui se trouvaient devant nous, pour enregistrer les populations qui s’y trouvaient, nous ne faisions qu’enregistrer une certaine réalité qui se déroulait devant nous, telle qu’elle se présentait.



Propos recueillis par David A.
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