Par Rafik Djoumi - publié le 30 novembre 2006 à 01h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h18 - 0 commentaire(s)
Le Pouvoir des fleurs

Il faudra attendre les années soixante pour que la communauté des hommes décide de récupérer la précieuse imagerie que les nazis lui avaient volée dans l’espoir de consolider leur mythologie. La jeunesse anglo-saxonne, surtout américaine, s’empare du roman de Tolkien Le Seigneur des Anneaux, et fait sienne cette mythologie qui privilégie le caractère écologique des forces du Bien contre un mal identifié comme industriel.



Dans les campus des années 60, hobbits et elfes deviennent des idéaux de paix et de communautarisme. Et c’est le flower power, qu’on peut difficilement taxer de sympathies nazies, qui va parvenir à régénérer cette culture polluée. Il devient à nouveau possible d’écouter Wagner et de lire les aventures de Conan sans éveiller de forts soupçons de nationalisme. Le premier film à sentir ce nouveau courant et à l’utiliser sera Le Seigneur de la Guerre (1965) de Franklin J. Schaffner, où un Charlton Heston complètement allumé kidnappe la jeune vierge d’une communauté païenne, et tente d’exercer son droit de cuissage seigneurial tandis que sa tour est prise d’assaut. La « fantasy » n’est pas encore au rendez-vous, mais le réalisateur multiplie les clins d’œil à une certaine iconographie typique (lumière rasante en forêt, chevalier se battant seul contre une horde barbare etc…).

Si au niveau littéraire, la demande publique devient manifeste, le cinéma garde ses distances (en 1968, La Planète des Singes flirte avec le genre mais demeure avant tout de la SF). L’Heroic Fantasy traditionnelle réclame des moyens équivalents à ceux d’un péplum de grand spectacle, et les studios pensent alors, à juste titre, que le sujet ne draine qu’un public ciblé. C’est donc à travers l’illustration que le genre va construire son iconographie. Dans le sillage de Frank Frazetta, illustrateur des pochettes de Conan, vont se déployer les talents de Boris Vallejo, Richard Corben, Rodney Matthews puis plus tard ceux d’Alan Lee, John Howe, Brian Froud et tant d’autres. C’est également l’époque où explose un concept de jeu qu’on ne tardera pas à nommer « Donjons et Dragons » et qui servira à cimenter la communauté d’Heroic Fantasy dans les décennies à venir.



texte extrait du livre : Le Seigneur des Anneaux de Rafik Djoumi, Editions Cadrage, 2006-2007. Cadrage / Arkhom'E, tous droits réservés
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