film mineur mais prouvant le talent de To à faire du larmoyantRecherchant excessivement le pathos et parvenant aisément à l’entretenir, on perd un temps le virtuose To pour découvrir l’artisan populaire qui accentue plus qu’il ne le faudrait ses effets et insiste plus encore dessus. De fait, là où une fin plus rapide et plus subtile aurait peut-être convenu, le cinéaste recherche la facilité d’un dénouement heureux et qui se prolonge... Dans d’autres cas, on ne s’en serait pas plaint car le talent du maître inspire et fascine, mais dans le cas présent, il se perd et se gâche au point de signer une scène finale où l’âme sauvée de Dong se matérialise en papillon. Tout cela pour s’évader jusqu’à une ultime confrontation, le tout baignant dans un déluge de facilité, d’imagerie et de bons sentiments qui voit l’âme de Dong s’en aller en paix. Dommage…
En somme,
Linger n’a pas que des mauvais côtés mais il révèle la face la plus ouvertement commerciale du cinéaste qu’est Johnnie To : son penchant pour le mélodramatique serti et pesant. Alors, effectivement, par instants, on reconnaît la signature du maître dans un plan, dans un cadrage, la musique qui le porte ou la succession de mouvements qui en donne le rythme mais plus sûrement, on ne voit de l’auteur, que le goût du factice et la trace en mode mineur de son talent.
Linger de fait n’est pas un mauvais film en soi et il concurrencerait sans problème nombre de nos médiocres productions actuelles mais ce qui fait qu’on en regrette la forme et le sort, c’est indubitablement parce que Johnnie To en est le triste instigateur, lui que l’on tient pour l’un des meilleurs de son continent et de sa génération. Dès lors, plus qu’un profond plaisir cinéphilique, on se satisfera du jeu désespéré de Young You en père policier brutal ou encore de la présence de Suet Lam en père de famille tranquille et étonnamment sportif. Mais plus sûrement, retiendra-t-on de
Linger la performance sobre et élégante de Vic Zhou en apparition bienveillante et l’atone prestation de Li BingBing entre mutisme et sidération.
Par conséquent, appréciable sans être réussi, il y a peu de chance que
Linger nous parvienne et gagne à obtenir une reconnaissance peu méritée. Toutefois, s’il est précieux à voir, c’est parce qu’il donne à connaître un Johnnie To bien différent de celui que l’on connaît, à savoir le cinéaste hongkongais grand public qui fait des films populaires pour satisfaire notre appétence de films et triades survoltés et éblouissants.
Linger est disponible sur
yesasia.com