Au même titre que la grande Histoire des civilisations, la petite Histoire du Cinéma semble parfois animée de cycles récurrents dont la régularité ne peut que surprendre. Espacés par un quart de siècle (une génération), deux films d’anticipation peuvent connaître des sorts étonnamment similaires…
Septembre 1982Le film d’anticipation de Ridley Scott
Blade Runner sort sur les écrans français. Le précédent film du réalisateur,
Alien, a dominé les écrans du monde entier deux ans auparavant, et son nouveau film est porté par une vedette familière du public, Harrison Ford, à l’affiche de deux gros blockbusters de ces dernières années (
La Guerre des étoiles et
Les Aventuriers de l’arche perdue). De plus, Ridley Scott appartient à cette nouvelle vague de réalisateurs anglais qui semblent prendre d’assaut le cinéma international (deux films de son compatriote Alan Parker,
Shoot the Moon et
The Wall, ont pu être découverts au Festival de Cannes quelques mois auparavant). Précédé d’une carrière désastreuse sur les écrans américains, la promotion française de
Blade Runner, malgré son casting et malgré son budget, ne dépassera pas en volume celle d’un petit film courant (quelques affiches pantalons, colonnes Morris et basta).
Alors que l’influence esthétique de la publicité et du video-clip sur le Cinéma montre déjà des signes d’excès (couleurs pétaradantes, mouvements de grue systématiques), le film de Ridley Scott tente de transcender cette nouvelle école de filmage en optant pour un projet de mise en scène entièrement déterminé par les nécessités de son intrigue : les couleurs pétaradantes du monde de la publicité deviennent la marque de l’oppression médiatique de cet univers futuriste, les mouvements de grue détaillent des architectures qui écrasent des citoyens apathiques.