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Être écolo, c'est faire du cinéma : Et le cinéma dans tout ça ?

Par Jean-Baptiste GUEGAN - publié le 17 décembre 2009 à 16h52
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Entre 2012 et Le jour d'après, le cinéma de masse est parvenu à sortir de sa niche documentaire, la thématique  écologique par le biais de représentations catastrophistes et de discours alarmistes. Quiconque se souvient d'Une Vérité qui dérange, du succès rencontré et de ses retombées tant médiatiques que politiques, prend tout de suite conscience de l'avancée réalisée par la société civile sur ce point. En effet, si le Prix Nobel de la paix 2007 est venu saluer Al Gore et le responsable du GIEC, Rajendra Pachauri, en même temps, c'est que l'époque était enfin propice à aborder ces questions de front et ne plus se satisfaire de belles intentions et autres contre-feux entretenus par de pseudo-scientifiques en mal de reconnaissance. De même, que ce soit le cinéma hollywoodien le plus universaliste et commercial qui s'y colle, n'est pas en soi le signal le moins positif.
Force est d'ailleurs de constater que la suite a donné une autre cohérence à cette première vague puisque depuis on ne compte plus les films qui en parlent et plus encore, les films qui y font référence. Ainsi, Home est l'archétype de cette lame de fond, tant par sa diffusion planétaire, multimodale et le succès qu'il rencontre encore au travers de ses ventes DVD et Blu-Ray. D'aucuns railleront sûrement cette entreprise, il est vrai plus proche de la photographie que de l'essence même du cinéma. Mais qu'importe, de tels films ont amené à une prise de conscience qui trouve un écho dans les urnes et qui sait, se matérialisera peut-être après le Sommet de Rio et la ratification du Protocole de Kyoto, via un accord à la Conférence de Copenhague.
Le Syndrome du Titanic en soi est l'autre versant de cette mobilisation venue d'une minorité active et prouve si besoin était, l'essor actuel de cette thématique au cinéma. Certes, ces films lestés de leurs défauts n'ont pas tous rencontré le même accueil critique ou public mais il faut tout de même reconnaître leur impact évident. A tel point que l'on peut admettre le cinéma actuel comme étant fortement impliqué dans l'explication mais aussi dans la récupération pédagogique ou distractive  du phénomène climatique et de ses risques.

 


 
L'Ecologie au cinéma, une question de mode ?


Est-ce nouveau ? Evidemment non. Cependant ce qui change, c'est l'écho dont ce mouvement de fond bénéficie. Car découvrir les horreurs faites à la planète et le peu d'avenir et d'espoir que l'on se ménage, ne date pas d'hier. Jeremiah Johnson de Robert Redford par exemple est l'une des premières œuvres à considérer l'homme dans son environnement et le penser en symbiose avec lui, et cela au travers du cadre fixé par le western. Il en va de même pour les films de Jodorowsky sur fond de dénonciation totalitaire. De même, d'Hayao Miyazaki (Princesse Mononoke, Nausicaä, la vallée du vent, Ponyo sur la falaise) en passant par les films de Ron Fricke et Godfrey Reggio (Baraka, Koyaanisqatsi, Powaqqatsi...), c'est une histoire de plusieurs décennies dont le cinéma se fait le héraut.
Histoire qui le modifie d'ailleurs aujourd'hui en retour. En effet, le blockbuster de l'année qu'est le vibrionnant Avatar de James Cameron n'est rien d'autre qu'un manifeste vigoureusement écologique, en dehors de son propos politique et du défi technologique qu'il représente. Voir Disney sous la férule de Pixar nous proposer Wall-E n'est pas non plus anodin et savoir que Prédictions sous l'égide d'Alex Proyas, s'en fait autrement l'écho le prouve bien malgré son fond mystique stérile. De fait, si l'écologie est présente dans les esprits et le cinéma depuis les années 1960 avec l'essor des mouvements libertaires, associatifs et d'une contre-culture portée par la jeunesse, c'est avec le temps qu'elle s'est imposée comme incontournable. Et le cinéma l'a accompagnée et amplifiée plus que jamais, en même temps qu'il en a été changé.
 
Des enjeux partagés pour une prise de conscience incontournable


Car le cinéma se fait certes le support d'une responsabilisation collective et d'une prise de conscience active, mais il tend également à se réformer pour intégrer un mode de développement qui en respecte les principes de base. Pour s'en assurer, il suffit simplement de regarder le nombre sans cesse croissant de films qui compensent leurs émissions de carbone et le nombre grandissant de figures du cinéma qui s'investissent dans de telles actions. Là encore, l'ensemble est affaire d'image et de communication mais cela augure bien de la pénétration de telles idées. Et l'on ne peut que s'en réjouir quand on sait que le changement ne peut être que politique et solliciter chacun, activement dans sa vie de tous les jours mais surtout au moment de faire jouer son droit à s'exprimer par nos votes et nos achats.
Rappelons nous de l'émotion née du film d'Huber Sauper, Le Cauchemar de Darwin, sur des problématiques proches, et de son extraordinaire réception. Tout cela se tient et le cinéma de se présenter à nous à la fois comme l'un des vecteurs et relais propices aux changements de comportement et comme le visage culpabilisant, anxiogène ou idéalisé que l'on veut avoir de nous-mêmes.

 

Enfin, l'autre attrait d'une telle tendance, c'est que l'on retrouve un cinéma militant et qui ose prendre parti - maladroitement ou non. Ainsi, l'émergence de cette conscience écologique et de ses déclinaisons a fait du développement durable, l'un des enjeux du cinéma contemporain. Qu'il traite des errances de l'agriculture productiviste (We feed the world, Notre pain quotidien, Herbe), des dérives mercantiles des grandes sociétés agroalimentaires (Food Inc., Super Size Me, Fast Food nation, Le Monde selon Monsanto) ou de l'avenir de notre temps (Nos enfants nous accuseront, La fin de la pauvreté ?), le cinéma se mêle de ce qui ne le regardait pas. Et cela passe aussi bien par le filtre documentaire que par la fiction populaire. Ainsi, d'Océans au Dernier trappeur, sans oublier le prospectif Soleil Vert, les culpabilisants Nous resterons sur Terre et the Age of stupid ou encore Erin Brockovitch voire Gomorra, c'est le cinéma tout entier qui se prend à déployer l'idéologie écologique d'un nouveau mode de développement aussi durable que nécessaire. Et ce n'est pas le moins qu'on pouvait attendre de lui !  


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