Questions pour Monsieur François Bégaudeau sur Entre les murs, rapport entre cinéma, littérature et enseignementEst-ce que le cinéma, ses techniques, son langage jouent un rôle ou ont une influence sur votre écriture romanesque, sur la composition et la structure de vos livres et plus particulièrement sur celles d’Entre les murs ?Oui, bien sur, il y a de ça, sauf que ce n’est pas tant le cinéma qui influence l’écrit qu’une passion de base qui irrigue et ma cinéphilie, et mon travail d’écriture. Cette passion de base, c’est celle que j’ai pour la surface des choses et des gens : corps, voix, mots, gestes, déplacements. Dans Entre les murs, j’ai laissé parler la surface, avec le pari qu’elle a souvent beaucoup plus à dire que la profondeur.
Remarque subsidiaire : il va sans dire que le travail que j’ai eu à faire à un moment de la gestation s’apparente à celui que fait un monteur de documentaire.
Dans la même optique, pouvez vous nous dire si vos activités de critique nourrissent votre écriture et votre activité littéraire et réciproquement ?Je vous renvoie à la réponse précédente. Mais j’ajoute qu’il m’arrive d’expérimenter/découvrir des procédures stylistiques au cœur de mon travail critique. Si bien qu’on ne sait plus très bien où est localisée la littérature. Dans l’autre sens, l’écriture romanesque affûte les techniques de récit et de description dont on a besoin pour la critique, si du moins on veut s’y montrer précis et juste.
Plus spécifiquement concernant Entre les murs jusqu’où avez-vous travaillé l’oralité qui fait la force de ce texte ? Jusqu’où vouliez vous aller par ce côté brut de l’écriture et cette réécriture plus qu’habile qui donnent cette impression de réel perçue si directement ?Le but était de donner une idée aussi juste que possible du parler : celui des profs, celui du prof-narrateur, et surtout celui des élèves. Sachant que l’écrit ne peut que courir après l’oral. Il manque le corps, la voix, les timbres, les inflexions. Tout ce qui est partie prenante de l’oralité.
Aviez vous la volonté de remuer, d’ impressionner, de choquer et de faire prendre du recul à votre lectorat par ce choix de composition et ce type d’écriture basé notamment sur le discours rapporté, les dialogues recomposés ? La forme donnée à ce récit me semblait être la plus juste par rapport à ce que j’avais à raconter. C’était un calcul esthétique avant tout. Choquer et impressionner, je ne préfère pas y prétendre. Remuer, oui. En donnant en partage le réel brut. En racontant sèchement des choses extrêmement lourdes de conséquence. J’ai du reste la conviction que lorsque une réalité est à ce point marquante, la moindre des choses est de ne pas en rajouter stylistiquement. Il suffit de laisser le réel faire valoir sa densité.