Comment abordez vous l’analyse de l’image au programme de collège en Français dans vos classes ? Quels sont les retours de vos élèves ? Que pensez vous de leur rapport au cinéma, de leurs connaissances de ce dernier ?
J’ai une technique très personnelle : je leur passe des films d’action américain. Comme ça je peux, sur leur propre terrain, les initier au b-a-ba du cinéma (raccord, champ/contre-champ, choix des cadres, trucages divers, déplacement d’acteurs). En général ils sont très réceptifs.
Evoquons maintenant le cinéma plus précisément. Quels sont les films qui vous ont le plus marqué depuis que vous êtes cinéphile ? Ceux qui vous ont donné envie de les défendre cette année et ceux que vous attendez ?
La liste serait longue. Pour faire court, je peux parler des cinéastes qui me touchent immanquablement : John Ford, Hitchcock, Bresson, Pialat, Kiarostami, Tarantino. Le dernier film qui m’ait vraiment ébloui, c’est Le petit Lieutenant, de Xavier Beauvois. Ce genre de films entretient l’hypothèse d’un grand art populaire, ce qui est un peu mon obsession.
Qu’est ce qui vous plait dans le cinéma ? Qu’est ce qui vous y a attiré au point de devenir cinéphile ? Comment êtes vous arrivé à la critique de cinéma et plus tard aux Cahiers du cinéma ? Pourriez vous nous parler en somme de votre parcours de cinéphile et de critique ?
D’abord je veux préciser que le mot cinéphile m’a toujours embarrassé, que j’ai du mal à le faire mien. J’y vois comme un parfum de monomanie, de cinéphagie. J’ai dû avoir des périodes de cinéphilie (quatre séances par jour, des discussions entre, et des top 20 à gogo), mais je ne me dirais pas cinéphile, je m’intéresse à beaucoup trop de choses pour ça. Les Cahiers se sont présentés parce qu’on les lisait, qu’on a invité certains des rédacteurs dans le Ciné-club qu’on animait avec Emmanuel Burdeau et Thierry Lounas, et que voyant notre fougue ils nous ont proposées d’écrire. Que m’apporte le cinéma ? D’abord un certain plaisir de la vitesse : plein de choses à capter en même temps. Ensuite des informations sur le monde. Et puis surtout je vous renvoie à la passion intime dévoilée dans ma première réponse, en avant-première pour excessif.com.
Sur l’activité de critique en tant que telle, il y aurait beaucoup à dire. Nous réfléchissons beaucoup sur notre travail, aux Cahiers. Et aussi sur l’intérêt de pratiquer ce sport très particulier qu’est la critique, sachant que cet intérêt ne va pas de soi.
Avez-vous déjà eu l’envie et la possibilité d’écrire pour le cinéma ?
J’écris des scénarios au sein d’un collectif nantais qui s’appelle le collectif Othon. Nous écrivons, tournons, jouons à douze. Nous avons fait deux films et demie, et en tournerons un autre cet été avec cette fois un peu plus d’argent et des possibilités de distribution. Par ailleurs nous commençons, avec Laurent Cantet, à travailler sur un scénario à partir d’Entre les murs.
Quels sont vos prochains projets dans l’avenir, vos ambitions et vos attentes dans votre activité littéraire et dans celle de critique ?
Sur la critique, mon objectif est simple : continuer à en faire, et à progresser dans ce domaine. Je ne suis pas encore complètement satisfait de ma façon de tourner les textes critiques. En ce qui concerne l’activité littéraire, eh bien ma foi j’aimerais bien écrire des livres aussi rudes et beaux que la vie.
Et nous terminerons par cette question libre. Si vous aviez la possibilité de choisir la question que l’on pourrait vous poser, laquelle aimeriez vous que l’on vous pose et quelle réponse y apporteriez vous ?
A moi-même je me demanderais volontiers qui va gagner la coupe du monde. Et je répondrais sans hésiter l’Italie, comme nous l’avons fait dans l’anticipation de la compétition que nous avons rédigée dans le hors-série de la revue Inculte qui sort ces jours-ci.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan
Interview du 14/05/06
Monsieur Bégaudeau, je vous remercie personnellement et de la part de l’équipe de www.excessif.com pour cette entrevue électronique, le temps précieux que vous nous avez accordés et pour vos réponses.