Avec
Eye for an eye, Asia connection continue cette semaine, sa profitable incursion dans la cinématographie coréenne la plus récente. Ainsi, allons-nous nous intéresser au dernier film de Kwak Kyung Taek, le réalisateur de
Champion et d’Ahn Kwon Tae, l’homme à qui l’ont doit My Brother. En effet dans la lignée de
Public enemy returns et
The Chaser, ce film qui s’est avéré être l’un des plus gros succès de l’année 2008, mérite que l’on s’y arrête et que l’on y accorde un intérêt nourri.
EYE FOR AN EYE Noon-e-neun noon I-e-neun iUn film de Kwak Kyung Taek et Ahn Kwon Tae
Avec Han Suk Kyu, Cha Seung Won
Durée : 1h41
Date de sortie : 30 juillet 2008 en Corée du Sud, Inconnue en FranceAutrement connu sous les titres
Tooth for a tooth et An eye for an eye, la dernière réalisation de conjointe de l’auteur de
Friend et de son assistant Ahn Kwon Tae nous conte l’histoire retorse et croisée de Baek, un capitaine sur le point de quitter les rangs de la police et d’Ahn, un ancien policier prêt à tout pour se venger d’un malfrat jusqu’alors intouchable. Le premier en effet s’oblige à rester en fonction parce que le second qu’il recherche, a usurpé son nom lors d’un braquage. Or, tout ne serait pas si compliqué si ce vol audacieux marqué du sceau de la manipulation, n’avait une autre visée : la vengeance contre un tiers par le biais d’une machiavélique réflexion.
Offrant à son début, une somme de diversions et de manipulations digne d’
Ocean's Eleven et de L'Affaire Thomas Crown ayant toutes pour but de subtiliser un précieux,
Eye for an eye s’avance en effet sous ses premiers abords comme un film de braquage intelligent et visuellement très sophistiqué. Ainsi, goûtera-t-on à la recomposition du vol prémédité qui ouvre presque le métrage et la découverte du personnage chargé de le résoudre : le capitaine Baek, un quinquagénaire fringuant qui projetait de rejoindre son frère pour faire des affaires.
D’emblée que ce soit par le filmage, l’emploi d’une musique haletante et la caractérisation des personnages, le ton du film semble posé. Loin d’être un polar âpre au froid réalisme, le réalisateur de
Typhoon opte au contraire pour la trame classique, accessible et parfois grossièrement lisible du film où voyous et représentants de l’ordre se courent plaisamment après.
Eye for an eye évoque donc la davantage les productions les plus « mainstream » du type
Catch me if you can avec leurs ficelles mais aussi leurs ambitions… Sans conteste donc, la photographie classieuse et très lumineuse, les cadres esthétisants et les personnages au mieux de leur apparence participent à la construction de ce film destiné à être éminemment populaire. De même, bien loin d’un
Memories of murder, la mise en image s’oriente vers l’usage récent d’effets stylistiques clipesques (split screen, multiples registres d’images…) qui ne sont pas sans rappeler certaines séries américaines tandis que le scénario développe des caractères volontairement limités in fine à quelques grands traits. Ainsi, stéréotypique à souhait, Baek, sous des dehors de Richard Gere coréen, se présente, accompagnés de ses hommes bourrus et peu aidés, comme un policier hétérodoxe aux manières aussi fortes que son caractère est imprévisible et frondeur. Tandis que face à lui, Ahn et ses comparses – aux caractéristiques presque oubliées – offrent un contrepoint parfait, du fait de leur sérieux et de la planification permanente et méticuleuse de tous leurs actes. En somme, c’est beau et accessible, volontairement typé et rythmé, sans être toutefois ni éreintant ni époustouflant.