Bret Easton Ellis, auteur à succès et enfant terrible de la littérature américaine, a décidé de se ranger dans une petite vie familiale après une jeunesse tapageuse, faite d'argent, de femmes, de drogues et de succès. Il se range donc, accepte d'épouser une belle actrice et de reconnaître l'enfant qu'il a eu avec elle (après de grandes réticences). Installé dans une grande et luxueuse maison, tout semble aller pour le mieux. Bret a atteint l'idéal bourgeois (jusqu'à entretenir une liaison avec une étudiante). Mais des évènements étranges se produisent bientôt (la maison qui semble changer de nature, les meubles déplacés, les traces de pas sur la moquette, des emails suspects, une peluche monstrueuse...). Enfin, des meurtres mystérieux se produisent, il semble que Patrick Bateman, héros d'American Psycho, revienne dans l'existence du romancier, ainsi que le souvenir de son père. Il est alors sous tension en permanence, paranoïaque et victime de manifestations paranormales.LUNAR PARKUn film de Stanley Kubrick
Avec Edward Norton, Charlize Theron, Christian Bale
Le cinéma puise abondamment dans la littérature. Mais la réciproque est vraie. Le dernier roman de Bret Easton Ellis inspire immédiatement des images de films. C'était déjà le cas d'
American Psycho, qui bénéficia d'une adaptation décente, surtout portée par la grande prestation de Christian Bale, dans la peau de Patrick Bateman, golden boy superficiel et psychopathe. La mise en scène ne rendait hélas pas totalement justice au style de l'écrivain. Puisque cette rubrique est l'endroit pour rêver à un film, fantasmons sur ce que pourrait donner son dernier roman, dans un monde meilleur, où l'un des plus grands cinéastes de tous les temps ne serait pas mort.
En découvrant
Lunar Park, on songe immédiatement à Stanley Kubrick et à
Shining en particulier (Jack Torrance est d'ailleurs cité dans le livre), car c'est le récit d'un écrivain perturbé. Edward Norton serait parfait en Bret Easton Ellis (puisqu'il s'agit du héros de cette histoire qui commence comme une autobiographie). Outre le fait qu'il ressemble un peu à l'auteur, il pourrait à merveille portraiturer la psychose et la panique qui s'empare peu à peu du personnage. On ne sait jamais si les péripéties que ce dernier traverse sont le fruit de son imagination, s'il est totalement paranoïaque. Il fait de plus une consommation immodérée d'alcool pour calmer -sans grand succès- son angoisse, ce qui ne fait qu'augmenter sa confusion. Norton a prouvé maintes fois qu'il savait mieux que quiconque jouer les intériorités tourmentées. Car Bret est un être faible et bourré de vices, incapable d'assumer ses responsabilités et finalement totalement terrorisé par le monstre qu'il a créé, Patrick Bateman. Il est de toutes façon inapte à être un père de famille traditionnel, il se conduit en éternel ado, un peu déboussolé.