L’animation japonaise, si elle a subi l’influence énorme de sa grande sœur de la bande-dessinée, les fameux mangas, a aussi subi les codes cinématographiques en vigueur dans le cinéma traditionnel. Ainsi le film de sabre,
ken-geki ou encore
chanbara pour les plus connaisseurs, a lui aussi irrigué le cinéma d’animation de ses illustres exemples. Le film de sabre a connu ses débuts dans les années vingt pour offrir son chant du cygne dans les années soixante avec une ribambelle de films noirs et pessimistes sur la fin de l’ère des samouraïs à l’époque Meiji, à l’heure où le Japon s’ouvre enfin au monde occidental en 1868 après près de quatre siècles d’isolement presque total. L’animation japonaise, elle, se développe brusquement au même moment, les années soixante, avec la rapide diffusion des postes télévisés dans les foyers nippons avec son lot de séries à la trame historique.
Shônen ninja kaze no Fujimaru est ainsi l’une des premières séries qui développe sur près de soixante-cinq épisodes diffusés entre 1964 et 1965 par la Toei Animation l’histoire du petit Fujimaru, l’enfant du vent, expert en techniques secrètes des ninjas.
Dans la même veine enfantine, la série
Sasuke conte l’histoire d’un garçon ninja en devenir sur vingt-neuf épisodes diffusés entre 1968 et 1969 très vite suivis de la série
Dororo (Dororo to hyakumaru), l’adaptation animée du manga éponyme d’Osamu Dezuka en vingt-six épisodes. Reprenant le destin tragique de ce jeune garçon maudit par son père qui offrit son corps de nouveau-né en pâture aux démons en échange de la victoire contre un clan ennemi, Dororo est sauvé in extremis par un médecin novateur qui lui construit un nouveau corps doté en guise de bras de deux lames exceptionnelles. Lames de sabre qui lui permettront d’affronter les démons en question afin de récupérer les différentes parties de son corps. Aux côtés de séries telles que
Ninpuu kamui gaiden (1969) ou encore
Redbreast Suzunosuke (Akano Suzunosuke, 1972-1973), le genre du film de sabre s’impose peu à peu dans l’animation japonaise sans toutefois s’imposer face aux nombreuses séries de science-fiction (
Astro le petit robot, Tetsujin 28-go, Mazinger Z pour ne citer que les plus célèbres).
Ce n’est qu’au début des années quatre-vingt que le genre commencera à développer ses thèmes avec notamment la reprise de la célèbre histoire du bretteur Miyamoto Musashi dans
Young Miyamoto Musashi (Shônen miyamoto musashi) en 1982. Histoire maintes fois abordée par le cinéma traditionnel avec notamment les versions de Kenji Mizoguchi et Tomu Uchida, ce film produit par la Toei et Fuji TV s’inspire beaucoup non pas du fameux roman d’Eiji Yoshikawa
La pierre et le sabre mais du roman
The duellist de Renzaburo Shibata. Trois ans plus tard c’est au tour de
L’épée de Kamui (Kamui no ken), réalisé par Rintarô et produit par le non moins célèbre studio Madhouse, de s’imposer sur les écrans japonais avec ce film d’une durée excédant les deux heures. Le film raconte l’histoire du jeune enfant Jiro qui, accusé du meurtre de ses parents adoptifs par le village, cherche vengeance sur les routes et tue l’assassin à un bras, avant de découvrir que ce dernier était son père naturel. Pris en charge par le prêtre Tenkai, celui-ci l’initie aux arts sombres des ninjas. Outre ses aspects fantastiques par ses références aux techniques secrètes et mystiques de ces assassins de l’ombre, le film fait également référence à l’époque historique précédant la restauration de Meiji en 1868. Cette époque trouble et instable sera par ailleurs le cadre de nombreux films et séries relatant les aventures et mésaventures de maîtres experts en sabre à l’heure où la caste des samouraïs est désormais jugée désuète.