La rédaction est en ce moment en cure de jouvence... Nicolas a branché Radio Nostalgie sur le poste du bureau et les vieux tubes viennent titiller notre corde sensible sans crier gare. Et comme cette semaine sort dans nos salles le film
Nos 18 ans qui rend hommage aux années BAC, au lycée et aux études en général, Dvdrama/Excessif vous proposent de vous ouvrir les portes de ses souvenirs. Nos rédacteurs se sont penchés sur ces films générationnels, ceux qui ont réussi à nous faire retrouver nos années passées et qui rendent hommage à toute une génération. Sans avoir forcément de liens directs avec le monde de l’école, tous ces films ont pour point commun de tracer le portrait d’une époque ou d’un dogme et ont pu, un jour ou l’autre, toucher au plus profond les sympathiques journalistes que nous sommes. Ce sont les films de notre génération, alors on se souvient...
LA HAINE par Jean-Baptiste Guégan
C'était une époque faste où se portaient haut et fier le Lacoste jaune poussin et le bob qui allait avec. C'était ce temps précieux devenu depuis si lointain, où les murs étaient tenus, les coupes rases et les regards acérés et perdus. Cette époque bénie et déjà révolue voyait le Suprême enflammer les scènes et lorsque l'on pensait au PSG, on songeait davantage aux trophées à glaner qu'au spectre d'une relégation qui n'amènerait que chambrages et quolibets. Toujours plus intenable à supporter, ce temps fameux eut son cours avant le spectre d'une séparation alors impensable et il fut marqué par l'avènement d'un jeune cinéaste enragé, secondé qu'il était par une bande de fous furieux, celle de Kourtrajmé.
C'est ainsi qu'en 1995 nous avons découvert
La Haine de Matthieu Kassovitz après
Une Balle dans la tête et
Le Syndicat du crime, un film qui allait compter au point de créer pour nous et sur mesure, une image à laquelle nous voudrions dès lors coller. Film phare du banlieusard et parangon d'une culture de cité qui malgré toute son outrance gagnait enfin les salles de ciné, la date fut marquante et ne manqua pas de marquer. Porté par une bande sonore devenue classique, installant plein cadre une vache que dominait alors un Cut Killer étincelant pour mixer avec un rien de désinvolture, l'un des classiques populaires français. L'ambiance était posée. Et l'on ne regretta rien de ce film, non rien de rien. Ni ce que le métrage allait enfin montrer de nous, ni ce qu'il voulait faire bouger : le constant d'un monde nourri de notre colère alors que nous vivions pleinement les fruits de nos adolescences dévoyées. Présenté à la crème de la critique après le très beau Métisse,
La Haine allait porter sur les fonds baptismaux, une génération d'énervés et la créativité de ceux qui officieraient à nos côtés comme aux siens. Film de liberté et de colère, ce métrage eut de surcroît l'immense mérite de pousser un mouvement complet et avec lui, des revendications, des idées qui aujourd'hui nous ont amené à prendre conscience de ce que l'on était. En cela,
La Haine, même si elle est une oeuvre de cinéma aussi sincère qu'entière, demeure sans rivale dans le cinéma français. Et si ce métrage reste aussi impactant aujourd'hui, c'est parce qu'il est aussi devenu une œuvre charnière. Pour la reconnaissance de notre présent en ces temps particuliers mais aussi pour l'avènement d'un cinéma français différent, capable de résister avec ses armes aux défilés américains et communautaires. De fait, s'il fallait n'en choisir qu'un seul, ce serait incontestablement la Haine. Pour l'immense réussite de son histoire et les mémorables scènes finales où Vincent Cassel regrette sa tranquillité en se prenant pour Robert de Niro. Alors oui ce film porté par Rocca, Raggasonic, IAM etc... enthousiasme. Car l'impression est plus que bonne et le souvenir qui nous porta et nous envahit alors, demeure inoubliable. Prêt(e)s à mordre après son visionnage et plus encore à lever la main en l'air, la Haine fut un miroir déformant aussi somptueux que profondément marquant, le film d'une génération incomprise et qui se serait perdue à force de musique et d'expédients. Un grand film français pour ceux de ma génération.