Dans
le Dernier pour la route de Philippe Godeau (sortie le 23 septembre),
François Cluzet confirme sa prédilection pour incarner des personnages tourmentés. On se souvient de sa fièvre, de sa fébrilité, de l'intense énergie qu'il dégage.
Guillaume Canet (qui l'a mis en valeur de manière frappante dans
Ne le dis à personne) a dit qu'il était l'un des plus grands comédiens français (le comparant à Patrick Dewaere). De sa collaboration avec Claude Chabrol et d'autres très grands auteurs (
Bertrand Blier, Bertrand Tavernier) à sa participation à pas mal de comédies, le registre et la présence de cet acteur discret s'avèrent en effet assez impressionnants et méritent que l'on s'y attarde.
Second rôle magistralFrançois Cluzet naît le 21 septembre 1955 à Paris. Il a son premier choc et connaît sa vocation devant Brel, jouant
Don Quichotte dans une performance inoubliable. Il abandonne le lycée et se lance à 17 ans dans l'apprentissage de la comédie. Il intègre une troupe de théâtre et débute sur les planches en 1976. Il faudra attendre 1980 pour le voir réellement débuter au cinéma dans
Cocktail molotov de
Diane Kurys. Il rencontre la même année Claude Chabrol et tourne pour lui dans
Le Cheval d'orgueil avant de le retrouver deux ans plus tard dans
les Fantômes du chapelier (il a avec lui une collaboration fructueuse de cinq films).
Il tourne sans relâche, façonnant une impressionnante galerie de seconds rôles (notamment dans
l'Eté meurtrier). Malgré ses prestations convaincantes, on a pris sa mesure que tardivement, tant il se tenait un peu en retrait, un peu sous employé et éclipsé, pas encore reconnu à sa juste valeur. Il travaille alors sans cesse, au théâtre, au cinéma, à la télévision, devient un visage familier, côtoyant les plus grands. On le remarque encore dans
Vive la sociale en 1983. Il est alors considéré comme un jeune espoir. Il tiendra toutes ses promesses. Mais il n'est toutefois pas encore en haut de l'affiche, même si son apport est loin d'être négligeable (dans
Force majeure par exemple).
Au second plan, il donne pourtant une intensité à ses personnages, crée une empathie immédiate, déploie une énergie fiévreuse, une urgence qui le distinguent immédiatement. L'un de ses rôles les plus atypiques, est celui qu'il tient dans
Autour de minuit de Bertrand Tavernier en 1985. Il y campe un amateur de jazz qui sacrifie tout à sa passion et à son idole, avec une fébrilité enthousiaste, un peu folle, déraisonnable (ses compositions ont souvent ce trait commun). Il croise les chemins de
Tony Gatlif (
Rue du départ) ou de Claire Denis (
Chocolat), s'essaie à la comédie de
Claude Zidi (
Association de malfaiteurs,
Deux). Touchant et intense ou maladroit et gauche selon les registres, souvent imprévisible, Cluzet affirme son statut d'inclassable et d'insatiable.