L’oeuvre de Tim Burton est riche en personnages décalés, coupables d’avoir enfreint les lois de la norme et des conventions. Souvent blessées, atrophiées, spectaculaires, hors du temps ou avant-gardistes, les figures Burtoniennes forment une parade de monstres tout aussi inquiétante qu’attachante. Entre fascination et répulsion, le spectateur assiste au cirque de Burton avec les yeux d’un enfant. Un regard naïf teinté d’innocence qui se prend systématiquement de sympathie pour les marginaux, les rebuts de la société et ceux pour qui la perfection n’est pas un modèle !

A l’image des personnages du film de Tod Browning, les créations de Burton font partie de ceux que l’on appelle les « freaks ». Au-delà du simple terme péjoratif désignant une malformation ou quelque outrance physique, le freak est avant tout une personne ayant une personnalité déviante... Il peut en naître un certain malaise mais également une grande admiration. Qui n’a jamais rêvé secrètement de se consacrer, le temps de quelques heures, à ses déviances ? Les personnages de Burton les assument et les pratiquent ! Une jouissance communicative qui a fait le succès de l’œuvre du cinéaste et le culte voué à ses protagonistes. Petit tour de manège en compagnie de cette parade monstrueuse...
LUMIERE SUR LES OMBRES
Rappelez vous de
Vincent, ce petit enfant héros du premier court-métrage d’animation de Burton... Version miniaturisée du cinéaste à ses débuts, ce jeune garçon témoigne d’une admiration débordante pour une idole particulièrement inattendue : Vincent Price! Pas de joueur de base-ball ni de héros de livres d’aventures, il est ici question d’un comédien tout droit sorti des productions de la Hammer. Une figure vampirique et blafarde, tapie dans l’ombre et dont la voix a bercé bon nombre de productions d’horreurs... Il est d’ailleurs le narrateur de ce court-métrage mettant en scène le premier antihéros selon Tim Burton. Il prend l’univers de l’enfance à contre-emploi pour la plonger dans un environnement cauchemardesque mais excitant. Un monde où la peur est un jeu...

Faisant état de ses premières tendances expressionnistes, Burton se place également en décalage avec ses contemporains. Alors que les années 1980 développaient un cinéma de l’esbroufe et du spectaculaire avec l’arrivée des premiers effets visuels numériques, Tim Burton préfère quant à lui retrouver la construction spatiale et géométrique du cinéma expressionniste allemand des années 1920 et annonce deux couleurs : le noir et le blanc. Construisant son premier court-métrage sur l’utilisation de l’ombre et de la lumière, Tim Burton exprime ainsi son désir de travailler sur les deux tableaux et prouver que ce qu’on ne voit pas est certainement tout aussi intéressant que ce que l’on voit. En somme, apposer de la lumière sur les zones d’ombres. Ce qu’il fera notamment à travers les personnages de ses films !
Il continue son hommage aux productions horrifiques des années 1950 en réalisant
Frankenweenie, où la créature terrifiante du docteur Frankenstein est remplacée par un chien dont la tête recousue effraie les voisins. Premier chien zombi au cinéma à préférer les croquettes à la chair humaine, ce Sparky est la symbiose de l’esprit créatif d’un enfant prêt à défier les lois de la nature et de cette volonté d’un cinéaste de montrer l’au-delà avec un regard tendre et confiant. Les morts ne nous veulent pas de mal, nous dit-il !