TRAGEDIENS ET TRAGEDIES
Tim Burton a réalisé deux grandes tragédies. Alors que la plus récente n’est autre que son dernier film
Sweeney Todd, racontant les actions diaboliques d’un barbier assoiffé de vengeance, souvenez-vous d’un autre homme aux mains d’aciers, Edward... L’un se munit de ses rasoirs pour supprimer la saleté humaine comme il l’appelle et l’autre use de ses doigts en ciseaux pour améliorer le quotidien d’une petite communauté américaine. Tous deux personnages inadaptés au monde extérieur, il y a chez Edward et Sweeney cette incapacité totale à se fondre dans un univers étranger pour l’un et proprement dégoutant pour d’autres. Antihéros par définition, ils incarnent une entité lunaire, bienveillante dans un cas, maléfique dans l’autre mais dont la marginalité est engendrée par le regard des autres. Dans les deux situations, on assiste à une véritable mise en scène d’une tragédie fantastique où les personnages tentent de se battre contre un destin inéluctable. Opposition de l’art d’Edward à la médiocrité de ceux qui l’entourent, funeste mélancolie de Todd confrontée à l’incompréhension du peuple, ils sont cependant portés par un même sentiment : l’amour.

Cependant, il faut préciser que la passion chez Burton ne rime pas avec relations sexuelles. Les personnages principaux de ses films sont souvent asexués, maladroits dans les sentiments amoureux. Si l’impuissance du sexe de l’un est signifiée par la longueur de ses ciseaux, l’absence de relation physique de l’autre est compensée par une jouissance macabre à supprimer la mauvaise plèbe ! Le contact que leurs instruments ont avec le reste des êtres humains est ambigüe, toujours teinté d’une dimension corporelle et physique dénotant du malaise que Burton entretient avec l’acte sexuel ! Jamais dans ses films, l’acte est magnifié, rarement montré et encore moins explicite...

Le comédien, instrument de la tragédie chez Burton, vit dans les méandres de sa pensée, entre le grotesque et le sublime, il survit à s’accrochant à un idéal, quitte à mettre de coté certaines possibilité d’évolution. Le sort de chacun est très différent mais reste néanmoins ancré dans une certain pessimiste, plus encore dans
Sweeney Todd, peignant la société humaine avec noirceur et tristesse. Tim Burton, avec le temps, porte un regard de plus en plus sombre sur ceux qui l’entourent.
Alors qu’il faisait évoluer ses personnages dans un univers qui ne leur correspond pas tout en essayant de créer une sorte d’émulsion où les éléments contraires trouveraient un équilibre,
Sweeney Todd semble annoncer une terrifiante conclusion sur la race humaine. Une désillusion de la part d’un cinéaste dont les cauchemars prennent le dessus sur le rêve et l’imaginaire. Ses personnages perdront-ils de leur innocence et de leur candeur ? Certainement et Tim Burton prendra certainement la pente d’un cinéaste de la noirceur quand il essayait de tailler également dans la lueur pour faire apparaître l’obscurité. Mais comment faire apparaître les ombres lorsqu’on ne voit plus la lumière ?