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Freddy Krueger : naissance d'une sombre légende

Par Benjamin MURIOT - publié le 11 mai 2010 à 00h01 ,
MAJ le 11 mai 2010 à 09h06 - 0 commentaire(s)

Ses résurrections à répétition nous l'ont prouvé : Freddy Krueger ne peut mourir. On a beau user de tous les stratagèmes possibles, de l'exorcisme à la grenade enfoncée dans le torse, le croquemitaine revient à chaque fois. Car "le Mal ne meurt jamais" comme on peut parfois l'entendre dans le monde du cinéma d'horreur. Mais également parce qu'aussi longtemps qu'un monstre pourra rapporter de l'argent, il y aura toujours quelqu'un pour vouloir le ramener sur les écrans. Comme nombre de ses confrères ces dernières années, le tueur de Elm Street fait donc peau neuve et s'offre un reboot avec Freddy - Les Griffes de la nuit, afin d'attirer à lui de toutes nouvelles jeunes victimes. Sans compter qu'au regard de son évolution au fil des ans, passant du boogeyman ultime au toon psychotique en quelques films, on se demande s'il aurait pu en être autrement pour que Fred Krueger revienne une nouvelle fois hanter nos rêves...

 

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Quand il commet ses premiers meurtres en 1984 dans Les Griffes de la nuit, les spectateurs découvrent un Freddy Krueger tel que se l'imaginait son créateur Wes Craven (ou presque, l'homme ayant dû revoir à la baisse ses désirs pour le maquillage), c'est à dire une figure moderne du Mal ultime. LE croquemitaine. Une réussite loin d'être le fruit du hasard puisque si son terrifiant et novateur terrain de chasse -nos rêves- avait déjà de quoi marquer les esprits, son scénariste / réalisateur s'était en plus assuré de bâtir son personnage selon le concept même de la peur. Les siennes tout d'abord, le prénom et l'apparence générale du monstre étant des résurgences de quelques uns des souvenirs les plus traumatisants de son enfance (respectivement, la petite brute qui le martyrisait à l'école et un clochard qui l'observa un soir par la fenêtre de sa chambre), puis celles de l'humanité toute entière. En quête par exemple d'une arme "signature" pour sa création, cet ancien étudiant en psychologie se rappela que l'attaque par des griffes est considérée comme une peur primaire dans de nombreuses cultures et décida de l'ajouter à sa recette, l'universalité étant un de ses buts premiers. Dans le même ordre d'idée encore, il changea la couleur du pull de Krueger et -du rouge et jaune décrit dans le scénario- passa au désormais célèbres rayures rouges et vertes, ceci après avoir lu qu'il s'agit des deux teintes dont le contraste agresse le plus l'oeil humain. Tout était ainsi pensé pour accoucher du tueur le plus abominable et effrayant possible, une pure icône de l'horreur. La vision de Craven ne fut toutefois vraiment complète que lorsqu'il abandonna l'idée de prendre un cascadeur pour jouer Freddy et engagea à la place un Robert Englund qui, inspiré par la gestuelle de Klaus Kinski dans Nosferatu, fantôme de la nuit, prodigua au boogeyman une véritable personnalité. Le cauchemar était devenu une réalité, et le succès ne tarderait pas à rappliquer.

 

Les Griffes de la nuit ayant sauvé de la banqueroute la toute jeune société New Line Cinema, une suite fut rapidement mise en chantier malgré le désistement de Wes Craven, lequel désirait même clore le premier sur un happy-end pour éviter ce chapitre 2. Réalisateur auparavant pour New Line de Dément (Alone in the Dark en VO), c'est à Jack Sholder que le producteur Robert Shaye confie alors La Revanche de Freddy et, aidés par le scénariste débutant David Chaskin, ils prolongent dès 1985 l'histoire originale tout en s'en éloignant drastiquement. Sans même parler du sous-texte homosexuel qui court le long du métrage, leurs innovations portent surtout sur la nature de Freddy et sa manière d'attaquer : le croquemitaine a beau rester le même sadique expéditif et relativement mutique lors de ses apparitions, il a abandonné la chasse aux ados dans leurs rêves et manipule désormais l'un d'entre eux pour tuer dans le vrai monde. À concepts différents, films radicalement divergents (d'ailleurs, il est le seul de la série à ne pas utiliser le thème musical créé par Charles Bernstein) et bien qu'il ait encore plus attiré les foules, La Revanche de Freddy n'enchante pas grand monde au final. Car ce que voulaient les gens, c'était Freddy. Et du Freddy, ils allaient donc en avoir !


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