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Frozen Days : Preview et interviews [page 1]

Par - publié le 17 août 2007 à 01h03 ,
MAJ le 26 février 2010 à 15h33 - 0 commentaire(s)
En réalisant Meshes of the afternoon, Maya Deren disait qu’elle souhaitait filmer le ressenti lors d'un incident et non l'incident en lui-même. On ne peut pas trouver de plus juste affirmation pour définir Frozen Days, le premier long métrage prometteur d’un jeune cinéaste Israélien sur une jeune squatteuse qui deale dans les boîtes de nuit de Tel Aviv et cherche accessoirement l’être idéal sur Internet. Un parcours semé d’effets chocs d’une efficacité redoutable, présenté au dernier festival de Cognac, qui devrait sortir dans les salles françaises fin 2007. DOSSIER EXCLUSIF


Rassurons ceux qui s’inquiètent (à raison): le Danny Lerner de Frozen Days n'a rien à voir avec le Danny Lerner de Rintintin qui sort chez nous cet été, si ce n'est qu'ils viennent tout deux d'Israel. Prestigieusement présenté comme le Darren Aronofsky Israélien, le Danny Lerner qui nous intéresse est un jeune cinéaste responsable d’un beau crime de cinéma: Frozen Days, tourné durant des nuits entières dans des conditions risibles avec un budget itou. Présentement, il suit la dérive mentale d’une jeune femme solitaire et indépendante qui erre dans les rues et les boîtes de nuit de Tel Aviv et vend des drogues psychédéliques. Elle squatte des appartements vides, rêve parfois de romance sur Internet et semble maîtresse de son existence bohême. Jusqu’à ce que, catastrophe, un acte de violence (on taira la raison) l’entraîne dans une quête angoissante de la réalité et de sa propre identité. La vraie surprise de cette inquiétante étrangeté naît d’une part de sa capacité à créer une atmosphère durablement anxiogène, paranoïaque et suspicieuse avec des moyens limités et de l’autre à générer des surprises en complexifiant un postulat de base a priori anodin.


Ce n’est que progressivement qu’on repère les indices : l’utilisation du noir et blanc (plus qu'une simple contrainte économique) et la manière dont Lerner filme les rues désertiques comme si son héroïne était seule au monde renvoie au cinéma fantastique des années 60, plus précisément à Carnival of Souls, de Herk Harvey, que Lerner a fait circulé à toute l'équipe durant le tournage. Avec son histoire sculptée à même les ténèbres, le cinéaste donne des allures de purgatoire élégiaque à sa parabole méphitique sur la solitude et plonge profond dans les abîmes de son personnage principal. L’histoire évolue de manière tellement sinueuse qu’on se demande parfois si la narratrice ne confond pas la réalité et les fantasmes. A la manière de quelqu’un qui vient de consommer des hallucinogènes et part en vrille. En cours de route, le spectateur est partagé entre deux options: soit il décroche parce que la multiplication des rebondissements et donc des coups de théâtre l’empêche de reconstituer le puzzle, soit il se laisse emporter et savoure un voyage schizophrène et fantasmagorique. Mieux vaut adopter la seconde formule et se fondre dans les lumières noires de Tel Aviv pour suivre cette descente aux enfers névrotique proche de celles orchestrées dans les années 70 par Roman Polanski (Répulsion et Le Locataire). Le final, impressionnant et inattendu (sauf pour les petits malins), ne fait d’ailleurs aucune ambiguïté sur l’inspiration première du réalisateur.

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