En 1990, il refait équipe avec le transalpin culte Dario Argento/z> qui le contacte pour un film à sketchs normalement réalisé à huit mains avec deux autres maîtres des années 70-80, l’immense
John Carpenter et le très ambigu (dans la relation qu’il entretient avec le genre) Wes Craven. Ces deux derniers refusant de participer à cette nouvelle adaptation de textes de Poe, les deux hommes, qui s’étaient rencontrés en 1978 puisque Maître avait remonté et distribué Zombie en Europe, décident tout de même à faire leurs Deux yeux maléfiques et rassemblent autour d’eux l’équipe habituelle (Savini et Barbeau, ex-femme de Carpenter…) et produisent leur bande horrifique finalement assez amusante malgré les essais de terreur des maîtres. Il faudra attendre l’année d’après pour voir Romero refaire équipe avec le King himself, pour une adaptation de sa Part des ténèbres, œuvre passionnante dans laquelle l’écrivain établissait officiellement de la distance entre son pseudonyme Bachman et lui-même. Le film, bien que sobre et relativement mineur, connaît pourtant un vrai travail de fond grâce à la mise en scène de Romero et surtout la relation amicale mais aussi de compréhension artistique qu’il a construit avec l’auteur de Ça et de Misery. Et malgré un succès honnête, le film ne connaîtra pas la gloire à laquelle il était pourtant destiné due à cette nouvelle collaboration entre les deux génies. Romero, ne se faisant plus tout jeune et visiblement fatigué d’une carrière où les succès sont un peu trop annoncés et les échecs un peu trop présents, prend quelques années de recul et tente un retour en 2000, près de huit années plus tard avec son thriller Bruiser, l’histoire d’un homme se réveillant sans visage.
Et malgré les critiques plus que mitigées et un chiffre au box office que l’on ne peut accorder qu’aux fans hardcores, il faut reconnaître que Bruiser, bien que mineur dans sa carrière, possède la même énergie et est plein de sens. Cet homme sans visage, qui réalise qu’il pourra tout faire puisque personne ne peut le reconnaître et qui décide de faire le ménage au sens large dans sa vie, ne serait-ce pas encore une fois une manière pour le réalisateur de se poser là, face à nous, et de nous demander à ce qu’on l’accepte comme s’il n’avait jamais commis les chefs d’œuvres qui finalement handicapèrent cette part sombre de carrière ? Une manière de nous montrer : « voilà ce que je ferais si personne ne me connaissait… ». Le film n’étant pas compris, il frappera assez logiquement le réalisateur qui reprendra quelques années pour méditer sur sa condition. Jusqu’à ce qu’en 2005, après des années dans des bureaux à développer des sujets bien vite avortés, ressuscité par la jeune génération qui rappelèrent son nom aux pontes, il revint vers nous avec ce qu’on avait toujours attendu de lui : un film de zombie ! Et alors que ses deux derniers films connaissent des qualités évidentes mais aussi quelques petits défauts et que là où certains crient à la résurrection et d’autres à l’enterrement définitif d’un maître, on peut se demander si l’homme le plus courtois du monde ne se serait pas fait enfin une raison de cette malédiction qu’est sa condition de père fondateur, esclave de quelques lueurs de génie… Mais ça nous ne le saurons jamais : l’homme est trop modeste et poli pour nous envoyer paître d’une manière moins subtile que dans ses films !