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Gérard Depardieu : dans l'esprit des auteurs [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 février 2010 à 00h33 - 0 commentaire(s)
Ecrire un portrait de Gérard Depardieu, c'est forcément flirter avec l'hyperbole. Il s'agit d'un acteur génial et boulimique, un ogre de cinéma qui s'est frotté à tous les genres, a eu de grandes fidélités (avec Bertrand Blier, Maurice Pialat ou François Truffaut), de grandes complicités (avec Patrick Dewaere, Catherine Deneuve, Fanny Ardant). C'est toucher à un artiste qui fait partie de notre patrimoine, incontournable comme peu d'autres grands acteurs (Jean-Paul Belmondo en est un autre, également de retour au cinéma ces jours ci). C'est enfin approcher l'un des plus grands comédiens que la France ait connu, et l'un des meilleurs du monde, d'une envergure dont on ne peut guère trouver l'équivalence qu'en le comparant à quelqu'un comme Marlon Brando. Une nature immense et complexe. Nous verrons dans un premier temps les cinéastes à qui il a prêté sa voix, les auteurs qui ont structuré sa carrière. Dans la seconde partie de ce portrait nous décrirons la figure populaire qu'il est devenu au fil du temps.



De sa jeunesse à Châteauroux, on peut dire qu'elle fut turbulente. Né le 27 Décembre 1948, Depardieu est issu d'un milieu humble et trouvera sa vocation à Paris. Il étudie alors la comédie. Il fait très tôt des apparitions au cinéma, dès le début des années 70, dans des rôles qui misent tout sur son physique atypique et cette allure de voyou qui lui collera longtemps à la peau (notamment dans le Viager de Pierre Tchernia). Il apparaît à l'occasion au café théâtre avec les enfants terribles de cette époque (Patrick Dewaere et Coluche).

Bertrand Blier, excédé par les emplois simplistes auxquels on cantonne l'acteur, le choisit pour son premier film Les Valseuses en 1974. Contre les réticences générales, beaucoup arguant que le bonhomme assez costaud allait effaroucher le public féminin, Blier impose celui qui deviendra son acteur fétiche, véritable incarnation de son cinéma avec son partenaire Patrick Dewaere. Ensemble, ils forment le duo magnifique que l'on sait (et qui sera l'âme d'une autre belle réussite de Blier, Préparez-vos mouchoirs en 1978). La nature expansive, excessive et -déjà- rabelaisienne du grand Gérard fait merveille. Personne ne dira les répliques de Blier comme lui. Il leur donne du relief, de la saveur, il les accentue merveilleusement. On le retrouvera souvent dans son cinéma, toujours à son aise, même dans les situations les plus étranges, dans des audaces narratives exceptionnelles (dans Buffet froid, Tenue de soirée ou Merci la vie). Il épousera toujours parfaitement le style du metteur en scène, avec qui il est en symbiose totale, et l'interprète idéal de sa sensibilité raffinée et complexe (dans Trop Belle Pour toi). Tout au long de sa carrière, Depardieu sera son acteur privilégié, incarnant comme son ami Dewaere, toute l'âme du cinéma de Blier.



C'est grâce à son apparition dans les Valseuses que Bertolucci le choisira pour l'opposer à Robert de Niro dans sa grande fresque 1900. Le metteur en scène y retraçait tout un pan de l'histoire italienne à travers le destin de deux hommes d'abord amis mais séparés par leur conditions sociales et pris dans les tourments du fascisme (l'un est paysan et l'autre fils de grands propriétaires terriens). Deux monstres sacrés se rencontraient alors dans une confrontation magnifique et une oeuvre hors nomes (de plus de 5 heures). Ils étaient tous deux à leurs débuts, déjà en pleine maîtrise de leur jeu. Même si la carrière internationale de Gérard Depardieu ne lui rend généralement pas justice, il est reconnu comme un grand acteur hors de nos frontières. Et il prend déjà dans ce film toute sa dimension, capable de s'imposer, même dans le souffle d'une grande épopée.

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