Après
la Femme d'à côté et dans les années 80, il est davantage sollicité par les grosses productions et un cinéma plus populaire, comme on le verra dans la seconde partie de ce portrait. Pourtant il ne délaissera jamais totalement des oeuvres plus exigeantes ou controversées, comme
La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beneix en 1983. L'oeuvre est romantique et tourmentée, traversée par une sensibilité à vif. C'est surtout un très beau moment de mise en scène qui accompagne la descente aux enfers du héros (il veut venger sa soeur violée qui s'est suicidée). A l'époque très mal reçu par une partie de la critique (tout comme
Sous le soleil de Satan), il confirme le fait que l'acteur peut assumer des choix risqués ou sujets à controverses (comme lorsqu'il apparaissait dans les années 70 dans plusieurs films du sulfureux Marco Ferreri).
Depardieu se prêtera également à quelques facilités, s'auto-parodiant à l'occasion (en Obélix notamment), poussant sa nature jusqu'à la caricature. Mais il aura toujours le bon goût de casser régulièrement cette image de façon assez remarquable, avec des compositions souvent romantiques et mélancoliques. C'est ainsi qu'il portraiture le Rodin de
Camille Claudel, aux côtés d'une Isabelle Adjani habitée. Depardieu n'est pas sectaire. Il pourra apparaître dans les films les plus populaires comme dans
Hélas pour moi de Godard avec la même conviction. On accroche ou pas à cet exercice souvent hermétique mais dont l'ambition est assez admirable. Devenu monument, Depardieu alterne les projets avec une voracité sans équivalent, célébrant notamment en 1995 le centenaire du cinéma avec Agnès Varda dans Les Cents et une nuits.
Tournant sans cesse à l'orée du nouveau millénaire et presque sans discernement, il réalise pourtant une première oeuvre sensible et très révélatrice,
Un Pont entre deux rives en 1999. Il y raconte une histoire simple et touchante, celle d'une femme mariée et installée dans son quotidien (
Carole Bouquet et
Gérard Depardieu, qui reformaient un couple rencontrant quelques problèmes après
Trop belle pour toi). Elle va se laisser séduire par
Charles Berling et vivre une aventure avec lui. On sent l'influence de Truffaut et de Pialat, mais plus subtilement, la sensibilité du réalisateur, qui reviendra derrière la caméra le temps d'un sketch dans Paris, je t'aime. C'est de nouveau une histoire assez tendre, entre deux personnes qui se sont aimés passionnément jadis (
Gena Rowlands et Ben Gazzara). Il reformera d'ailleurs régulièrement les beaux couples de cinéma auxquels il a pu donner vie, notamment dans
Nathalie d'Anne Fontaine où il est marié à Fanny Ardant (comme un lointain rappel de
La Femme d'à côté) ou en 2004, dans
les Temps qui changent de André Téchiné où il est l'ancien amant de Catherine Deneuve et veut la reconquérir.
Au milieu d'une véritable boulimie de travail, il se livre à des projets presque cathartiques. L'un d'entre eux en particulier est assez troublant,
Aime ton père de Jacob Berger en 2002. Il y retrouvait son fils Guillaume avec qui il a eu les rapports compliqués que l'on sait, c'est comme si le cinéma seul leur permettait de se retrouver. On se souvient particulièrement de sa très belle prestation dans
Quand j'étais chanteur, en homme un peu fatigué, en chanteur un peu ringard, qui succombait à la fraîcheur et au charme de
Cécile de France.
Gérard Depardieu a pu affirmer à l'occasion qu'il était lassé du cinéma. Pourtant, à voir le travail qu'il a accompli, notamment auprès des auteurs les plus importants du cinéma français, on peut dire qu'il tourne comme il respire. Pas forcément comme un ogre mais comme une manière d'évoluer dans l'existence. Il s'est formé auprès de Blier, de Truffaut, de Pialat. Et il s'est imposé comme un véritable phénomène. L'un des plus grands acteurs du monde et surtout l'un des plus prolifiques et des plus populaires comme on le verra dans un second temps, qui n'a dédaigné aucune forme de cinéma (quitte à se fourvoyer parfois).