Depuis des lustres, les cinéphiles de tout bord s’inquiètent d’un cinéma allemand en déclin qui peine à trouver ses nouveaux Fritz Lang, Werner Herzog et Rainer W. Fassbinder. Qu’ils se rassurent : les sorties prochaines des beaux
PingPong, de Matthias Luthardt (24 janvier) et
La vie des autres, de Florian Henckel Von Donnersmarck (31 janvier), confirment ce que l’on pressentait en 1998 avec le successful
Cours, Lola, cours, de Tom Tykwer : le cinéma allemand est en pleine renaissance.
Cela fait un petit moment que le phénomène commence à prendre de l’ampleur : l’Allemagne est désormais le nouveau territoire cinématographique à défricher. Depuis presque dix ans, le cinéma Outre-rhin, constamment inventif, brillant dans ses audaces, singulier même lorsqu’il tutoie les conventions, surprend les mirettes de cinéphiles en quête des nouveaux talents. Ce n’est pas une nouveauté : de tout temps, il a permis l’éclosion de grands patronymes (Lang, Wiene, Murnau, Wenders, Schlöndorff, Fassbinder, Herzog, on en passe). Aujourd’hui, on peut miser sur des cinéastes tels que Stefan Ruzowitsky (
Anatomie), Oskar Roehler (
Les Particules élémentaires), Christoph Hochhausler (
L’imposteur), Fatih Akin (
Head on), Hans-Christian Schmid (
Requiem), Marc Rothemund (
Sophie Scholl, les derniers jours),Tom Tykwer (
Cours, Lola, Cours), Wolfgang Becker (
Good Bye, Lénine), Oliver Hirschbiegel (
L’expérience). Les acteurs ne sont pas en reste et séduisent à l’étranger : Moritz Bleibtreu et Franka Potente, les plus représentatifs de cette mouvance, n’ont d’ailleurs pas hésité à musarder ailleurs que dans leurs contrées (
Le concile de Pierre, de Guillaume Nicloux pour le premier ;
Creep, de Christophe Smith pour la seconde). Impossible aussi en arborant cette belle régénérescence de ne pas faire un lien avec l’Italie, terre naguère fertile (Scola, Fellini, Tornatore, Risi, Rosselini, De Sica, Brass, Bava, Argento) qui aujourd’hui, bouffée par les mauvaises herbes télévisuelles, se résume à quelques peaux de chagrin dont les quelques réussites éparses sont redevables à Marco Bellocchio (
Le sourire de ma mère), Gabriele Salvatores (
L’été où j’ai grandi) et Michele Soavi (
Arrivederci amore, ciao), trois cinéastes téméraires qui possèdent en commun une trop longue traversée du désert.
Revenons à nos germaniques. Cette nouvelle vague de talents a commencé à émerger au moment où ici même François Ozon adaptait au cinéma une pièce de théâtre de Fassbinder (
Gouttes d’eau sur Pierres Brûlantes), parachevant l’idée que l’influence du cinéma allemand était encore présente chez les jeunes brûlots du cinéma Hexagonal. Or, le spectre de Fassbinder n’hante visiblement plus beaucoup l’imaginaire des jeunes cinéastes du cru. Ils plaident pour un septième art décomplexé qui n’a pas peur de ses ambitions. Ce véritable éclectisme constitue sa force et son atout les plus sûrs. Le néo-cinéma allemand peut convoquer l’horreur (
Anatomie, ses conventions inhérentes au film de genre avec un degré de folie supplémentaire) comme les drames psychologiques (
Les particules élémentaires, adaptation du roman homonyme de Houellebecq). Le choc
Cours, Lola Cours, course-poursuite en trois temps rythmée de techno et de coquilles esthétisantes, a laissé sourdre un espoir profond chez les germanophiles. La même année, en 1998, Fatih Akin, réalisateur de l’excellent
Head On, est coupable d’un succès surprise :
Kurz and Schmerzlos, un polar Scorsesien qui dépeint l’univers de trois amis mafieux dans les bas-fonds de Hambourg.